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Le portrait de la semaine

Jean-Nicolas Piotrowksi. À 42 ans, le PDG d’Itrust a pour ambition de s’imposer comme le leader européen de l’intelligence artificielle appliquée à la sécurité informatique.

Feeling et ténacité

De son bureau vitré au dernier étage d’un immeuble de Labège, Jean-Nicolas Piotrowski garde un oeil sur tout. « Une volonté de contrôle et de transparence », assure le PDG d’Itrust, qui emploie 40 personnes. Ancien responsable de la sécurité informatique chez BNP Paribas puis responsable de la sécurité pour la banque en ligne de la Banque Postale, ce Toulousain a finalement fondé sa propre société en 2007. « J’ai quitté Paris parce que ma femme commençait son internat de médecine à Bordeaux. Et puis, à la BNP, j’avais vu les dérives du capitalisme poussé à son paroxysme. On faisait vraiment n’importe quoi dans les passages d’ordre, dans les achats de Bourse. Rien n’était cohérent et cela annonçait la crise de 2008. À la Banque Postale, j’avais dix projets en même temps mais rien n’avançait. J’ai beaucoup progressé au golf, mais je n’en pouvais plus et j’ai démissionné », raconte-t-il. Élève doué au collège et puis au lycée Fermat, il se destinait plutôt à être sportif de haut niveau. Après plusieurs années de handball, il intègre le centre de formation des Spacers, au poste d’arrière gauche. Mais une blessure au bras met fin à ses espoirs. « C’est très difficile d’admettre, alors qu’on a beaucoup bossé et qu’on n’est pas mauvais, qu’on est bloqué par quelque chose qui est indépendant de sa volonté », assure l’entrepreneur avec une pointe de regret dans la voix. Au même moment, il perd un peu le fil de ses études. 

« J’avais des très bonnes notes au collège et au lycée mais j’étais un emmerdeur, toujours au fond, à mettre le bordel. En première et terminale, nous étions quelques-uns à nous tirer la bourre pour savoir qui était le meilleur en maths et en physique. Certains ont franchi un cap. Moi, la pression de Fermat m’a dégoûté et j’ai fait n’importe quoi. » Après le bac, Jean-Nicolas Piotrowski part à la fac faire un Deug de physique. Une erreur selon lui. Depuis, « je dis à tout le monde de faire des écoles. On accepte trop de monde à l’université », tranche-t-il. Il décide ensuite d’intégrer l’école de télécoms de Paul Sabatier et obtient un diplôme d’ingénieur. En parallèle, il se forme à la sécurité, suit les présentations d’Hervé Schauer, l’un des cadors du secteur en Europe. Il sent que l’informatique, les réseaux télécoms et la sécurité sont des domaines d’avenir. « J’ai eu un bon feeling et c’est ce qui m’a amené à travailler dans les banques, acteurs précurseurs dans la sécurité. » Lorsqu’il fonde ITrust en 2007, son objectif est de créer un pôle d’experts référents dans le domaine de la sécurité informatique. Mais petit à petit, la start-up s’oriente vers le développement de produits, et s’intéresse à l’intelligence artificielle (IA). 

  • 1976
    Naissance à Toulouse 
  • 1999
    Diplôme d’ingénieur télécoms 
  • 1999
    Ingénieur en sécurité informatique chez Admiral CMG (Unilog) 
  • 2001
    Responsable sécurité Informatique chez BNP Paribas 
  • 2002
    Conseil en sécurité informatique à la Banque Postale à Bordeaux. Responsable de la sécurité de la banque en ligne 
  • 2007
    Fonde ITrust à Toulouse avec son père, PDG d’Aerospatiale ATR 
  • 2012
    Lève 1 M€ auprès du Crédit Agricole PGD 
  • 2016
    Levée de fonds de 2 M€. Déploiement aux États-Unis 
  • 2019
    Lancement de l’école AN21 et du centre de recherche en IA et cybersécurité.

Sa ténacité porte ses fruits puisque la société devrait dépasser les 3 M€ de chiffre d’affaires cette année et vise 4,2 M€ en 2019. « Le but est d’atteindre rapidement 10 M€ et d’être leader européen dans le secteur de l’IA appliquée à la sécurité », admet Jean-Nicolas Piotrowski, qui ne cache pas ses ambitions, à savoir, à terme, de former un groupe de 100 M€, compte tenu du marché et de la qualité de la technologie proposée par ITrust, valorisée 50 M€ aux États- Unis. En collaboration avec des laboratoires comme le Laas, l’Irit ou TSE, l’entreprise de Labège a en effet développé des solutions qui ont convaincu des grands comptes. Le logiciel Reveelium, commercialisé depuis u an et demi, est aujourd’hui utilisé par des groupes comme Burger King, Volkswagen France, Thales, Amaury et de nombreux CHU. «Nous avons signé avec des organismes d’infrastructures vitales très difficiles à convaincre », se félicite le PDG tout en manipulant les nombreuses cartes de visite qui traînent sur son bureau, signe de son impatience, son « gros défaut ». 

Pour garder son avance technologique, ITrust a entamé la deuxième phase de R & D et travaille aux algorithmes des années à venir, notamment sur la santé, l’IoT, l’usine du futur, le gouvernemental et les télécoms. « La sécurité métier, c’est l’avenir », assure-t-il. Des projets qui laissent peu de temps libre à ce passionné de sport, aujourd’hui père de deux filles. « J’essaie de leur transmettre le goût de l’effort, la passion, mais je ne sais pas si je suis assez présent. » Si la réussite est au rendez-vous, tout n’est cependant pas simple. « Il y a deux choses difficiles: le financement et le management. Tout le reste est processé, détaille le PDG. Par exemple, les gens qui vous disent qu’il faut bien préparer l’export, c’est n’importe quoi. Si vous savez faire du commerce en France, vous savez faire du commerce partout. » Regrettant le manque de culture économique en France, il reprend la formule de Daniel Benchimol, président du cluster DigitalPlace, selon qui « les start-up en ont marre de se faire incuber ». « On passe notre temps à leur apprendre à trouver de l’argent mais il faut les former à faire du commerce», martèle Jean-Nicolas Piotrowski, qui s’insurge par ailleurs de l’absence de financement de l’actif immatériel en France et en Europe, là où un data scientist est valorisé 100000 dollars au Canada. « Les banques prêtent s’il y a des machines-outils en face. Mais elles croient vraiment qu’elles vont revendre les machines sur le Bon Coin? » 

En tant que chef d’entreprise, Jean-Nicolas Piotrowski se considère davantage comme un leader que comme un manager. « J’essaye de donner une dynamique, de responsabiliser. Je veux que les choses avancent, même si elles ne sont pas parfaites. » Un trait de caractère qui le rend complémentaire de son père Henri Piotrowski, ancien PDG d’ATR, aujourd’hui directeur général d’ITrust. « Il a refusé un poste chez Airbus pour venir avec moi. Il a l’expérience des grands groupes. Il n’a rien à prouver et me donne des conseils mais c’est moi qui prends la décision. J’ai appris beaucoup et lui aussi, même si c’est parfois difficile. » Alors que la société a 11 postes à pourvoir, elle peine à trouver des personnes qualifiées. « Le problème vient des écoles. Les grands groupes, présents au board, n’ont pas anticipé la problématique de sécurité et n’ont pas de besoins. Or, tout l’enjeu est là. » À la recherche de jeunes avec des doubles compétences – développement et sécurité, sécurité et IA – Jean-Nicolas Piotrowski a donc décidé de monter sa propre école d’ingénieurs, AN21, avec d’autres chefs d’entreprise. «On veut un enseignement moderne qui ne se limite pas aux compétences technologiques. Le problème est souvent le savoir être et la culture, notamment économique », affirme le PDG d’ITrust. Cofondateur et secrétaire général de Digital- Place, il est fortement impliqué dans le secteur du numérique et va investir 4 M€ sur trois ans pour créer un centre de recherche en IA et cybersécurité qui devrait être lancé en 2019. L’intelligence artificielle qui, avec la physique quantique, est l’un de ses sujets de lecture : «cet été, j’ai lu quatre livres sur la question. Ma femme me prend pour un grand malade», plaisante Jean-Nicolas Piotrowski.

Paul Perie