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Le portrait de la semaine

Laurent Fumey. Ce fils de vignerons, né à Arbois dans le Jura, maître de conférence associé en psychologie sociale à l’université de Lyon 2 a embrassé depuis peu une nouvelle voie professionnelle : celle de brasseur. Pour ce faire il a ressuscité la célèbre marque bisontine Gangloff, mise en bière en 1966, il y a près d’un demi-siècle.

D’Aristote à Ninkasi

Au jeu des figures tutélaires auquel se prête le titre de cet article, celle qui plane sur l’enfance de Laurent Fumey est sans aucun doute Bacchus. Fruit de l’union de deux importantes familles viticoles jurassiennes - Fumey, côté paternel et Tissot, côté maternel - il a ainsi écorché ses fonds de culotte entre les ceps de vigne. « Tout mon entourage est dans la viticulture, jusqu’à mon frère qui s’est lancé dans le Champagne», confie Laurent Fumey. Un héritage parfois pesant quand, jeune homme, on cherche sa voie et que l’on souhaite avant tout se définir par soi-même. À la sortie du baccalauréat, Laurent s'émancipe donc des préceptes dionysiens pour s’ouvrir à ceux d’Aristote et de Descartes. « Je n’ai jamais totalement renié la vigne. Elle fait partie de moi et m’a toujours accompagné. J’ai même réalisé du crémant et du vin de paille en amateur, à mes heures perdues... Mais j’avais besoin de découvrir autre chose que le milieu viticole ». En 1982, il décroche un Diplôme universitaire de technologie (DUT) en Gestion des entreprises et des administrations (GEA) à l’Université de Franche-Comté (UFC). Deux ans plus tard, il se laisse à nouveau griser par l’univers viticole et passe un Diplôme de technicien en oenologie (DTO) à l’université de Bourgogne (uB). Avant de définitivement « tuer le père » en optant pour des études en psychologie. Il obtient un Diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) dans cette discipline en 1989, toujours à l’uB. 

Laurent Fumey développe alors une activité de consultant formateur freelance et travaille en collaboration avec la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) du Doubs sur du conseil en organisation du travail. En 1995, il décroche un Diplôme d’études approfondies (DEA) en Sciences du langage appliquées à l’informatique à l’UFC. Ce qui lui permet de donner naissance à une plate-forme d’aide à la décision, baptisée testnet. fr, pour la formation et le recrutement. Un dispositif qui sera lauréat, en 2000, de l'Agence nationale de valorisation de la recherche (ANVAR). Entre 2000 et 2008, Laurent Fumey est recruté comme chargé de mission par l’Institut régional du travail social (IRTS) de Franche-Comté et donne également des cours en psychologie du travail à l’Institut universitaire de technologie (IUT) de gestion de Besançon. Sur cette période, l’homme trouvera aussi le temps d’obtenir un DEA en psychologie cognitive à l’université de Paris Descartes. En 2009, il retrouve une activité d’indépendant en créant la société Open learning institute, avant d’obtenir un poste à mi-temps de maître de conférence associé en psychologie sociale à l’institut de psychologie de l’université de Lyon 2, ainsi qu’une activité de formateur au Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT)...

Bières bio et sans additifs

Sur le papier, le monde des sciences humaines et sociales semble avoir éloigné notre jurassien du terrain de jeu de Bacchus. Dans les faits, il n’en est rien. « Il y a toujours eu en moi ce besoin de travailler sur du concret, du palpable, ce goût de “terre” qui me vient de mon enfance. Il y a trois ans, cette envie de changer de vie professionnelle s’est faite de plus en plus prégnante. Ma femme étant du Sud, j’ai un temps pensé à travailler l’huile d’olive. Mais cela voulait dire quitter ma Franche-Comté natale, ce à quoi je ne pouvais pas me résoudre ».

À force de recherches - sans doute guidé par la malicieuse Ninkasi, déesse de la bière dans la mythologie sumérienne - il découvre la riche histoire de la bisontine Gangloff, dont la production s’est arrêtée en 1966. L’histoire de la brasserie Gangloff commence à la fin du 18e siècle avec le brasseur Joseph Greiner, qui s’installe dans l’ancien monastère des « Dames de Battant » et puise l’eau de la source de la Mouillère (à la température constante de 11 degrés toute l’année) pour produire, avec son fils Auguste, une bière de très grande qualité. La brasserie est ensuite modernisée par les frères Boiteux puis achetée, peu avant la première guerre mondiale, par le lorrain Jean Gangloff qui donne son nom à ce qui deviendra l’une des premières industries bisontines. À son apogée, la brasserie employe jusqu’à 500 personnes. « Bien que disparu depuis près d’un demi-siècle le nom Gangloff est resté ancré dans les mémoires des bisontins et les réclames de l’époque sont très recherchées aujourd’hui. Des affiches historiques que l’on retrouve dans de nombreux restaurants à travers la France… et jusqu’aux États-Unis, où l’une d’elles fait même partie du décor principal de la célèbre sitcomHow I Met Your Mother », raconte Laurent Fumey. 

  • 1961
    Naissance, le 30 mars à Arbois, dans le Jura. 
  • 1985
    Obtient un Diplôme de technicien en œnologie (DTO) à l’uB. 
  • 1989
    Décroche un DESS Psychologie à l’uB. 
  • De 1990 à 2004
    Est consultant formateur freelance. 
  • De 2000 à 2008
    Est chargé de mission à l’IRTS de Franche-Comté et chargé de cours à l’IUT de gestion de Besançon. 
  • 2004
    Obtient un DEA en psychologie cognitive à l’université de Paris Descartes. 
  • 2011
    Obtient un poste de maître de conférence associé en psychologie sociale à l’université de Lyon 2. 
  • 2016
    Relance la bière bisontine Gangloff.

À 55 ans, notre futur brasseur reprend le chemin des études au Centre de formation professionnelle et de promotion agricoles (CFPPA) de Douai, dans le Nord, pour s’initier aux rudiments de la brassiculture. Les cours théoriques seront complétés de stages à la brasserie de Saint-Louis, dans le Haut-Rhin et à celle du Grand Bison, à Lavelanet, en Ariège : « Pour tâter le terrain, voir la réalité de la profession et apprendre », lâche Laurent Fumey. Les bases du métier acquises, vient le temps de la recherche de locaux, du dépôt de la marque (elle ne l’était pas jusqu’ici) et de la quête de financement. Sur ce dernier point, la démarche territoriale du projet a notamment séduit Initiative Doubs Territoire de Belfort, membre d’initative France : réseau associatif français de financement et d’accompagnement des créateurs, repreneurs et développeurs d’entreprises. Par le biais du Comité Initiative remarquable l’organisme lui a attribué un prêt d’honneur de 16.000 euros. Trouver un lieu adéquat et pas trop gourmand en loyer s’avère plus difficile. Finalement c’est un entrepôt de 200 mètres carrés dans le quartier des Tilleroyes, près de la facultés des sciences qui sera choisi. L’outil de production : Laurent Fumey l’acquiert auprès d’un brasseur Luxembourgeois du canton de Redange : Jean Bollendorf. À la retraite, l’homme, qui a travaillé la bière en bio pendant plus de 20 ans, a été d’une préciseuse aide pour le Français. « Dans la bière, j’ai découvert un milieu plus solidaire que celui du vin.

L’accueil des brasseurs est plus festif, plus ouvert, plus immédiat... Dans le cas de Jean Bollendorf, nous avons travaillé ensemble, il a accompagné mes débuts et même offert ses recettes». Les recettes justement : Laurent Fumey a opté pour une production 100 % biologique. «Nos malts et houblons bio viennent d’allemagne, nos céréales non maltées sont achetées auprès de la ferme du Rondeau, à Lavans-Vuillafans, dans le Haut- Doubs. Quant à l’eau, elle provient des différentes sources qui alimentent la ville de Besançon. Elle est, pour moi, l’une des meilleures eaux municipales de France. Nos bières ne contiennent pas de sucre ajouté ou d’additifs quelconques et nous n’ajoutons pas de gaz carbonique », défend le brasseur. Côté goût, les Gangloff (trois variées : blanche, blonde et rousse et une spéciale), sorties des cuves à l’été 2016, se positionnent entre les bières allemandes et belges, tout en se différenciant par une belle tenue de mousse et un goût subtil de céréales. 

Elles ont déjà été récompensées de deux médailles d’argent au concours international de Lyon 2017. « Nous avons réalisé un bon démarrage. Au début, les Comtois venaient par curiosité, pour le souvenir de la marque. Aujourd’hui, ils reviennent pour la qualité des produits ». Les nectars mousseux, produits à environ 250 hectolitres par an, sont actuellement distribués auprès du réseau de Biocoop franccomtois, à La Vie Claire de Besançon, dans les Monoprix de Dijon, Besançon, Vesoul et du Territoire de Belfort, les supermarchés bi1, Super U et Intermarché, chez le caviste Doubs Direct à Besançon, à la Citadelle...

Frédéric Chevalier