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Le portrait de la semaine

Firouza Houberdon. Être artisan d’art et nourrir une vraie réflexion en matière de stratégie entrepreneuriale ne sont pas des notions incompatibles. Cette jeune femme le prouve avec persévérance.

Des fondations pour le rêve

Difficile, parfois, de placer le curseur à sa juste place. De faire le bon compromis entre amour du travail bien fait, créativité, et développement commercial. L’expérience accumulée de votre serviteur est jalonnée de rencontres avec des personnes, sans doute animées des meilleurs intention du monde, mais qui ont parfois tendance à confondre une passion personnelle avec un vrai marché, capable d’assurer l’existence de leur entreprise. Au bout du chemin, c’est souvent la désillusion, l’âpreté de la confrontation avec les réalités économiques. Et puis parfois, non. Firouza Houberdon le prouve. Avec Yacine, son mari, elle a créé, début 2014, un show-room dans le petit village de Reulle-Vergy, niché dans l’arrière-côte, entre Gevrey-Chambertin et Nuits-Saint-Georges. Là, sont exposées ses réalisations en matière de joaillerie. Des réalisations dont le caractère premier est la singularité. 

Firouza Houberdon est artisan d’art et très fortement attachée à ce qui fait le sel de ce statut : la possibilité d’imaginer, de sortir des sentiers battus, de laisser libre cours à la créativité, et la capacité à répondre aux demandes des clients, même les plus étonnantes. Son atelier, labellisé « Atelier d’art de France » se nomme d’ailleurs Firouza, la joaillerie singulière. Une revendication aussi clairement affichée, il faut bien sûr en être à la hauteur. Au regard de la qualité des bijoux proposés par le couple, et de la variété des clients qui font appel à leurs services de toute la France, on peut considérer que c’est le cas. Mais il faut, au talent, adjoindre de vraies qualités de chef d’entreprise, et c’est là où Firouza Houberdon surprend plus. Un fait récent résume l’état d’esprit qui est le sien: elle a participé, à Dijon, du 15 au 17 novembre, à la première édition de PME Innov’(voir Journal du Palais n°4575 du 6 novembre). Lors de cette manifestation, des PME ou TPE venaient proposer un projet pour bénéficier du fait qu’en groupe, la réflexion avance de manière plus efficace et riche. Firouza Houberdon y est allée avec la volonté de faire « plancher » les participants sur un projet de création de préférence de marque en innovant dans la distribution et la communication. Fidèle au principe de PME Innov’, elle s’est, elle aussi, investit pour aider à la concrétisation d’un autre projet de développement proposé par un autre chef d’entreprise. On est loin, donc, de l’image du petit artisan d’art reclus dans son atelier et tentant de commercialiser sa production sur les marchés environnants. La jeune joaillière, sans rien renier de son appétence pour la création artisanale, cherche à développer un modèle économique autorisant un vrai développement. Mais, comme nous l’écrivions au début de cet article, tout est dans la position du curseur.

La turquoise

Firouza Houberdon sait qu’à trop poursuivre un développement sans rester ferme sur un certain nombre de critères conduirait à perdre le sens qu’elle donne à son travail et cela, elle n’en veut pas. Pour autant, elle refuse de rester confinée dans une dimension trop réduite. Trouver le bon positionnement l’a donc conduite à réfléchir en termes d’offre, de communication sur cette offre, de cibles de clientèle et de canaux de distribution. Une configuration de l’esprit pas très surprenante lorsque l’on sait que, dès l’âge de douze ans, elle pensait à créer son entreprise. «Je ne songeais pas forcément à la bijouterie, précise-t-elle, mais je voulais travailler pour mon compte, dans un métier d’art. Je suis issue d’une famille où l’on aime le travail manuel. Lorsque j’avais 9-10 ans, avec mes sœurs, je faisais des cartes postales qu’on vendait en porte-à-porte pour financer un spectacle qu’on faisait chaque année dans notre quartier. Ça m’a marquée et je crois que cela a été déclencheur dans mon métier actuel». Le hasard fait aussi parfois bien les choses puisque Firouza, son prénom, signifie la turquoise, en langue perse. 

Depuis 2014, l’atelier Firouza est sur une pente ascendante des plus encourageantes : « Dans le sur-mesure, nous avons un énorme potentiel. Notre chiffre d’affaires augmente chaque année de près de 60 %. Cette progression nous a conduit à mener une réflexion au niveau de notre stratégie globale, pour la pérenniser. Dans cet objectif, nous avons été énormément aidés par la Chambre de métiers et de l’artisanat, et par la CCI de Côte-d’Or. Grâce à cette dernière, nous avons notamment bénéficié du dispositif Alizé (par lequel de grandes entreprises mettent leurs compétences à disposition de PME ayant des projets de développement NDLR). Je partais vraiment d’un purisme “métiers d’art” et je n’avais aucune notion de marketing. J’ai assimilée de nouvelles notions en termes de viabilité économique ». 

Firouza Houberdon arrivait en effet de loin : elle avait débuté son activité sous le statut d’autoentrepreneuse dans le garage de sa maison « et parfois même dans les toilettes lorsqu’il faisait trop froid en hiver, mais elles étaient immenses ! rappelle-t-elle. Là j’étudiais des techniques oubliées de la joaillerie et de la bijouterie ». Une formation qui sera complétée, en compagnie de son mari qui, lui, s’est spécialisée sur le sertissage, par trois années dans une grande maison parisienne. « Ce fut une période très enrichissante mais aussi parfois difficile à vivre parce que le niveau d’exigence est tel qu’il vous amène à de sérieuses remises en question personnelles. Aujourd’hui, si l’on me réclame une qualité digne de ces maisons-là, je suis capable de la fournir ». Sa clientèle est à présent très diverse et c’est une des raisons pour lesquelles la jeune femme a souhaité prendre le temps de réfléchir à son positionnement commercial. « Dans mes débuts, j’ai commencé, sur les expositions artisanales, avec des bijoux à 15, 20 ou 30 euros. Aujourd’hui, on propose des bijoux dont le prix peut atteindre 8.500 euros ». La production sur mesure représente 80 % de sa clientèle. 

La joaillière vise aussi une clientèle de professionnels, notamment dans l’univers du vin, lorsque les entreprises du secteur souhaitent faire des cadeaux d’affaires à leurs clients. C’est ainsi, par exemple, que le couple a réalisé des boutons de manchette en forme de tastevin. « Nous avons fait une collection pour la confrérie du Tastevin »précise Firouza. Un partenariat similaire dans son esprit est aussi envisagé avec l’Opéra de Dijon. Une idée née dans le cadre de PME Innov’ (voir plus haut). Fondatrice, en 2014, de l’Association des métiers d’art en Côte-d’Or, qu’elle a présidée deux ans, la jeune femme est une convaincue du potentiel économique que représentent les artisans d’art : « On a des gens exceptionnels mais qui ne livrent pas au juste prix, parcequ’ils manquent de formation marketing et trop souvent, ils se fatiguent et s’essoufflent. J’espère pouvoir transmettre aussi ce savoir-faire à ces artisans... C’est un casse-tête parce que le bon modèle économique reste à inventer ».

Berty Robert