IdentifiantMot de passe

Bonjour,
Le groupe de presse économique ForumEco rassemble un ensemble de journaux hebdomadaires régionaux habilités à publier les annonces légales
Nos services
Nous Contacter !

  • Abonnez-vous
  • Appels d'offres par e-mail
  • Alerte Annonces légales

Le portrait de la semaine

Véronique Barrillot. Il y a cinq ans, elle prenait un grand virage en faisant de l’art pictural son métier, après un début de carrière comme cadre commercial. Après s’être lancée dans les fresques murales elle explore aujourd’hui une peinture sur toile qui joue très habilement avec nos perceptions visuelles et mentales. En septembre, elle exposera à New-York.

Elle a retrouvé ses illusions

Elle m’a bien eu, Véronique Barrillot ! Je pensais rencontrer une artiste adepte des fresques peintes sur les murs, je suis tombé sur une magicienne.

J’imaginais raconter un choix de vie marqué par un virage radical et j’ai trouvé une évidence. Oui, décidément, elle m’a bien eu et il y a fort à parier qu’à l’avenir, je ne sois pas le seul à tomber dans le panneau, car Véronique Barrillot donne véritablement l’impression d’être encore au début d’un processus de découverte, qui pourrait bien aussi la voir évoluer de la peinture à la sculpture, mais je vais déjà un peu trop loin. Pas facile, en tout cas, de parler d’une démarche artistique sans pouvoir la montrer : notre portrait du jour ne veut pour l’heure rien dévoiler et on la com - prend d’une certaine manière. Tout dire de la peinture de Véronique Barrillot aujourd’hui, ce serait un peu comme vous dévoiler la fin d’un film à suspens que vous avez prévu d’aller voir le soir-même au cinéma. On en connaît que ce genre de chose rend agressif ! Il va donc falloir se livrer à un exercice journalistique atypique, expliquer sans trop dire, faire comprendre sans dévoiler. Voilà en tout cas le meilleur moyen d’éveiller une curiosité face à une oeuvre qui suscite déjà beaucoup d’intérêt, audelà même de nos frontières.

Au pied du mur

Le travail de Véronique Barrillot va, en effet, traverser l’Atlantique en septembre pour être présenté, parmi les oeuvre de 19 autres artistes, à New- York dans le cadre d’une manifestation intitulée « Best of France » et destinée à mettre en valeur l’image de la France aux États-Unis sous différents aspects. L’artiste-peintre d’Hauteville-lès-Dijon ne sera d’ailleurs pas en terrain inconnu dans la « grosse pomme » (le surnom donné à New-York). Elle s’y est déjà rendue en 2013, mais, à l’époque, c’était la fresquiste que l’on avait invitée. Car Véronique Barrillot a choisi de prendre un grand virage dans sa vie personnelle et professionnelle en se mettant au pied du mur... Ce n’est pas si vieux. C’était, il y a cinq ans. Elle occupait alors une fonction de cadre commercial pour une enseigne de vêtements.

Désapointée par la tristesse de la salle où se tenaient les réunions de travail, elle propose d’agrémenter un pan de mur du visage rayonnant et explosif de Marilyn Monroe. Un peu surpris de la proposition, on lui laisse néanmoins carte (et mur) blancs. Le résultat fait l’unanimité, à tel point que progressivement, autour d’elle, on se demande pourquoi elle ne se lancerait pas dans cette activité. « En fait, précise-t-elle, je ne crois pas avoir choisi la peinture. C’est l’inverse qui s’est produit. C’est elle qui m’a choisie. C’est vraiment comme ça que je le ressens ». D’aussi loin qu’elle se souvienne, Véronique a toujours dessiné.

Elle n’a pourtant jamais pris de cours. « Mes parents ne se posaient pas la question des études d’art et je pense que dans leur tête, artiste-peintre, ce n’était pas vraiment un métier». De plus, Véronique Barrillot, enfant, avait une autre ambition professionelle : elle voulait devenir... touriste! « Je voulais rencontrer des gens, parler d’autres langues et être dépaysée en permanence ». La voici donc partie dans un BTS tourisme. Au début des années quatre-vingt dix elle travaille un an aux États-Unis, notamment à Disneyland, puis rentre en France et occupe plusieurs postes de manager, dans la restauration, dans la parfumerie, les vêtements...

Elle s’installe à Dijon, d’où est originaire son mari. Sa fameuse Marilyn dessinée sur le mur de la salle de réunion attire l’intérêt d’une personne possédant des boutiques à Paris et qui lui propose de les décorer. « C’est là que j’ai compris, ditelle, que cela pouvait être un métier. Je suis rentrée chez moi et j’ai dit à mon mari “c’est ça que je veux faire”.

Il m’a demandé si j’avais un “plan B”, un peu inquiet... »Pour elle, la peinture est un véritable cheminement intérieur, plus ou moins conscient.

Elle décide, il y a cinq ans, de se consacrer entièrement à la peinture de fresques sur les murs. Elle s’entraîne dans son garage, répond à des commandes, prend un énorme plaisir à travailler sur de grands formats et à observer la réaction des gens qui la voient peindre dans les rues. À Dijon, on peut voir son travail sur un transformateur électrique situé rue de l’Île, ou encore sur un petit local technique, rue Dauphine, tout près de la Fnac. « Quand je peins des fresques, c’est difficile à expliquer mais c’est comme si le dessin était déjà placé.

Je joue avec les imperfections du murs et j’y vois déjà mon dessin ». Une approche des choses qui lui vaut d’être remarquée et invitée à réaliser des fresques à New-York, il y a deux ans, dans un lieu, malheureusement disparu aujourd’hui, nommé le « Five Points », un lieu mythique du « street art ». L’épisode lui permet d’entrer en contact avec des galeries d’art.

  • 1969
    Naissance, le 11 août, à Lyon.
  • 1991
    Elle travaille un an aux États-Unis dans le domaine du tourisme.
  • 2010
    Elle réalise une première fresque dans les locaux de l’entreprise qui l’emploie, à Dijon.
  • 2013
    Elle est invitée à New-York pour réaliser deux fresque murales.
  • 2015
    Au mois de septembre, elle retourne à New-York, cette fois-ci pour présenter ses toiles, dans le cadre de la manifestation « Best of France ».

« Ce fut un vrai déclic pour moi, se souvient-elle, où j’ai su, d’une part que je voulais travailler sur de grands formats, qui, pour moi, décuplent les émotions et que je voulais aussi évoluer vers du travail sur toile ». Ces grandes toiles, elles peuplent aujourd’hui la maison-atelier de Véronique Barrillot et justifient le qualificatif de «magicienne » qui lui est accolé au début de cet article. L’artiste s’est confrontée à une technique très particulière de portraits qui joue sur l’illusion et révèle différents visages, en fonction de la distance avec laquelle on les regarde. Un Salvador Dali cache un Abraham Lincoln, un Sigmund Freud se devine sous un Albert Einstein, le pape Jean-Paul II et Nelson Mandela se destructurent l’un l’autre, un vieillard à lunette qui fume se révèle être un bébé au visage poupin... Véronique Barrillot prend un plaisir infini à mélanger les codes, à jouer avec nos perceptions sensorielles.

Elle brouille avec bonheur les cheminements qui s’effectuent dans nos neurones. Elle parvient à vivre aujourd’hui de sa peinture, même modestement, mais le plus intéressant lorsqu’on la découvre, c’est de comprendre qu’à un âge où nous sommes nombreux à avoir perdu nos illusions, Véronique Barrillot, elle, les a retrouvées...

veronique.barrillot@neuf.fr
Vous pouvez aussi retrouver cette artiste sur Twitter et Instagram.

Berty Robert