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Le portrait de la semaine

Philippe Léger. Le patron de la Buvette du marché, sous les Halles de Dijon, a été pendant près de 35 ans éclairagiste des tournées des plus grands artistes français et internationaux, de Trust à IAM, en passant par Graeme Allwright, Ben Harper ou Khaled.

Rock & wine

Ouverte en novembre 2010 sous les Halles, la Buvette du marché est devenue l’un des lieux de vie incontournables du centre-ville de la capitale bourguignonne. Le Tout Dijon y côtoie touristes et simples chalands pour déguster des vins de propriétaires essentiellement issus de l’agriculture biologique ou produits en biodynamie, et accompagnés d’escargots, de fromages, terrines, huîtres et autres produits vendus par les commerçants du marché. Derrière le bar, c’est Philippe Léger qui est à la baguette. Avec sa tignasse blanche et sa gouaille inimitable, l’homme à l’humour redoutable n’est pas avare en anecdotes et histoires drôles. Celui que ses amis appellent « le Lugubre » a ce talent du conteur capable de retenir l’attention de tout un auditoire et de le faire rire. L’idée de créer la Buvette lui est venue de sa vie d’éclairagiste, où pendant près de 35 ans il a arpenté les routes de France et de Navarre aux côtés des plus grands artistes. « Lorsque nous étions en tournée, se souvient-il, les jours off, on avait l’habitude de chercher le marché de la ville pour aller là où il y avait de la vie. C’est à ce moment là que j’ai commencé à voir des buvettes un peu partout». Alors, après plus de trois décennies passées sur la route, il décide de poser ses valises pour se tourner vers sa deuxième passion après la musique : le vin. Il crée alors la Buvette du marché avec son ami architecte d’intérieur Serge Berkowicz. « J’ai toujours eu la chance sur les tournées de rencontrer des grands amateurs de vin qui m’ont permis de participer à des dégustations dans toute la France », explique-t-il. Pour lui, il existe « un vrai rapport entre le vin et la musique, avec des musiciens qui sont souvent de grands amateurs de vin et les vignerons qui peuvent être comparés à des artistes ».

Premières armes avec trust

Né en 1954, Philippe Léger passe son enfance entre la région parisienne où habite sa grand-mère paternelle, et Beaune où sont installés ses parents. Inscrit à l’école de la batellerie, à Conflans-Sainte-Honorine, il grandit aux côtés de fils de marins et forains, « avec un vrai sentiment de liberté». Pendant les vacances scolaires, il suit dès qu’il le peut son père, officier de la marine marchande, sur les cargos pour des voyages au long cours aux quatre coins du monde. Le virus est transmis. C’est à la fin des années 70 que son aventure commence. « À l’époque, se souvient Philippe, Trust et Téléphone étaient les deux groupes de rock qui cartonnaient en France ». Lui était éducateur à Chenôve et faisait un peu de théâtre avec le Théâtre de l’Index à Dijon. « C’est à ce moment là que le manager de Trust, un certain Bobby Bruno, vient me voir pour me demander de partir sur la tournée du groupe en tant que régisseur. C’était une chance énorme ». Mais en 1978, la France ne possède pas de structure suffisamment adaptée pour la musique amplifiée et capable d’accueillir plus de 10.000 personnes par soir.

Du rock au rap en passant par le jazz

« Les Zéniths n’existaient pas et on jouait dans des palais des sports ou sous chapiteaux », raconte-t-il. Après plusieurs premières parties de groupes de métal tels qu’Iron Maiden ou Motorhead, Philippe Léger part suivre une formation d’éclairagiste à Birmingham, pendant trois mois. « Quand je suis revenu d’Angleterre, j’étais l’un des seuls en France à maîtriser la technique des éclairages et je travaillais avec l’un des groupes les plus connus qui venait de sortir son titre Antisocial.

  • 1954
    Naissance le 6 octobre à Courbevoie (92).
  • 1977
    Commence à travailler sur les tournées de Trust comme éclairagiste.
  • 2008
    Réalise la scénographie du concert du groupe IAM au pied des pyramides d’Egypte.
  • 2010
    Ouverture en novembre de la Buvette du marché, sous les Halles de Dijon.

Ce qui fait que tous les producteurs de l’époque m’appelaient pour travailler avec eux ». Très vite, il se rend compte que la lumière et le décor d’un spectacle sont intimement liés et devient alors, dès le début des années 80 scénographe pour les plus grands artistes français et internationaux. « J’ai travaillé depuis toujours avec Jean Bettremieux, ancien décorateur du Théâtre de Bourgogne (ancêtre du Théâtre Dijon Bourgogne), et qui a créé l’entreprise Prélud, basée à Corgoloin », indique-t-il. Las des conditions de tournée pas toujours évidentes dans le rock, Philippe Léger se tourne vers le jazz au hasard des rencontres. Il travaillera notamment sur la tournée française du grand Féla Kuti et partout en Europe et dans le monde entier avec les plus grands orchestres de jazz américains – dont le Liberation Music orchestra –pendant quatre ans. Dans les années 80 Philippe tente de poser ses valises et sera engagé comme attaché culturel de Chalon-sur- Saône. Mais l’appel de la route est plus fort. Il sera avec le producteur Pascal Legros à l’initiative de l’Artdam, l’agence culturelle et technique de la région Bourgogne. Ensemble, ils organisent également des tournées rurales, d’abord en Bourgogne puis dans toute la France, pour des artistes tels que Ricet Barrier, Pierre Vassiliu ou Nicolas Perrac. « Ça a duré plus de cinq ans et c’était sans doute la meilleure période de ma vie», déclare Philippe.

Les collaborations s’enchaînent : avec la Madeleine Proust d’abord, qui explose pendant deux ans à Paris, puis avec Bernard Lavilliers, les Rita Mitsouko, les Négresses Vertes et Ben Harper qu’il a suivi sur sa tournée mondiale. Après le rock, le jazz, et le théâtre, c’est vers le rap que se tourne Philippe Léger. Il devient ainsi le scénographe du groupe marseillais IAM pendant plus de 20 ans, puis celui des concurrents de NTM. Toujours au fil des rencontres, c’est la world music qui l’appelle avec des tournées géantes de Khaled aux Emirats, ou encore Faudel à Central Park à New York, ou encore l’Afrique et le Brésil avec Alpha Blondy. C’est sa rencontre avec Christian Gomez, dit Zem, star des ingénieurs sons, qui sera déterminante. « On a commencé à travailler ensemble sur la tournée de Bernard Lavilliers, dans les années 80 et nous sommes devenus amis très vite. Sur la route, on s’arrangeait pour aller rencontrer les petits producteurs du coin, on a beaucoup fait de dégustations ensemble et rencontré un grand nombre de vignerons », raconte-t-il.

Il y a douze ans, Zem a créé la Cave se rebiffe, à Marnay, en Haute-Saône, un lieu qui mélange concerts, bar à vin et vente de vin, aujourd’hui largement reconnu dans le milieu, « C’est son expérience qui a accéléré mon choix de changer de vie et d’ouvrir la Buvette du marché », avoue-t-il. Presque quatre ans après, la Buvette est devenue le lieu incontournable pour faire une pause gourmande les jours de marché. Avec Maritzita et Linda, Philippe Léger souhaite aujourd’hui développer des événements autour de la buvette, comme des soirées concerts. Il milite également pour une ouverture dominicale des Halles de Dijon, « à l’image de ce qui se fait dans la plupart des autres villes. Cela apporterait un souffle nouveau avec la possibilité de développer des animations, autour de la thématique bio par exemple. Ce serait une véritable révolution commerçante sur le centre-ville face à la concurrence des hypermarchés ouverts le dimanche matin».

Marie-Paule Languet