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Innovation. Des panneaux en chêne massif ont été utilisés pour rénover le lycée professionnel de Chalon-sur-Saône. Ce produit innovant est né en Bourgogne d’une action collective destinée à valoriser le chêne de qualité secondaire.

Le lycée du Gast dans des murs en chêne

Le lycée des métiers Camille-du-Gast, à Chalon-sur-Saône, est en train de subir un lifting complet de ses aménagements intérieurs. Les ateliers dédiés à la maintenance automobile, aux transports et à la logistique, et les salles de cours offriront à la rentrée 2018 un tout autre visage, innovant et chaleureux : des murs en chêne brut, simplement recouverts d’un léger vernis de protection. 

Entre le début des travaux, en avril dernier, et la livraison en septembre prochain, 1.400 mètres carrés de panneaux en chêne auront été utilisés. Il s’agit de panneaux totalement innovants qui utilisent la technique du contrecollé croisé (CLT). Ils sont composés de trois couches de fines lames de chêne collées entre elles pour former une épaisseur de 6 cm. 

Ce panneau CLT fabriqué à base de chêne de qualité secondaire doit son existence à l’association Bois Croisés de Bourgogne créée en 2012 à l’initiative d’une quinzaine de PME de la région. Des scieurs, fabricant de lamellé-collé, charpentiers-constructeurs mais aussi des architectes et un bureau d’étude thermique se sont associés pour inventer ce nouveau produit et le diffuser dans la construction. L’interprofession Fibois BFC, ex-Aprovalbois, assure l’animation du groupe, alors que les études techniques sont confiées à l’école d’ingénieurs Arts et Métiers ParisTech de Cluny.

Arbonis, Ducerf et les autres…

Il a fallu passer par trois années d’études pour définir les caractéristiques du matériau et mettre au point le process de fabrication. Les premiers panneaux collés chez Arbonis (ex-Fargeot), à partir de plis réalisés chez Ducerf, ont d’abord été utilisés sur des chantiers mineurs. La rénovation du lycée Camille-du-Gast constitue le premier chantier de grande ampleur et un test crucial pour l’avenir du produit. 

L’architecte qui assure la maîtrise d’oeuvre, Olivier Le Gallée, a joué un rôle déterminant dans ce test grandeur nature. Lorsqu’il a répondu à l’appel d’offre de la Région, il a considéré que des murs et plafonds préfabriqués en bois faciliteraient le chantier soumis à une contrainte de taille : les cours devaient continuer pendant les travaux. Et plutôt que d’utiliser des produits en résineux importés, il s’est adressé à Bois Croisés de Bourgogne afin de mettre en place une démarche locale valorisant du chêne de deuxième catégorie.

Avec ce système constructif, les cloisons poussent en effet très vite. Qu’il s’agisse de salles de classe, de bureaux, de sanitaires, les murs arrivent préfabriqués et sont juxtaposés sur place. Pas besoin de plâtrerie ni de peinture. Lorsqu’une pièce est adossée à un atelier bruyant, les panneaux sont doublés avec cinq centimètres de fibre de bois à l’intérieur pour assurer une bonne isolation phonique. 

Le travail est loin d’être terminé mais les élèves sont déjà sous le charme. « Dès que nous avons vu les premiers échantillons, nous sommes tombés amoureux, avoue Thierry Berthoux, directeur délégué. Le chêne donne une ambiance chaleureuse, c’est esthétique et convivial. L’acoustique des salles est excellente ». Olivier Le Gallée assure que cette solution innovante n’a pas coûté plus cher qu’une solution plus classique. « Nous avons réussi à rester dans le budget grâce aux gains réalisés sur la préfabrication, la mise en oeuvre sur site et la réduction des coûts de finition ».

Obtenir un avis technique

Quel avenir pour ces panneaux en chêne ? La route reste longue avant de parvenir à concurrencer les panneaux massifs en résineux. « Il nous faut lever les trois derniers verrous, observe Robert Collet, enseignant-chercheur à l’école Arts et Métiers de Cluny. Il faudra perfectionner la sélection des petites planches, de qualité palette, qui entrent dans la composition des panneaux. Jusqu’à présent, leur qualité mécanique est estimée visuellement par des opérateurs. Cela sera beaucoup plus rentable avec une machine qui écartera moins de produits que l’homme. Les industriels doivent aussi optimiser le process d’aboutage des petites pièces entre elles pour parvenir à des coûts de fabrication acceptable. « Enfin, nous devrons aller vers la procédure d’avis technique afin de pouvoir ouvrir le produit aux marchés publics et aux bâtiments à étages, explique Robert Collet. Nous devrons donc trouver de nouveaux chantiers pour démontrer les qualités du produit ». 

L’avis technique n’était pas requis pour le lycée Camille-du-Gast car les panneaux n’ont pas été utilisés en structure.


Pascal Charoy