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L'article de la semaine

Made in France. L’entreprise de Donzy, dans la Nièvre, est l’un des derniers fabricants français de parapluies. Comment lutte-t-on contre l’usine monde du géant chinois ? En cultivant savoir-faire et créativité.

Parapluies Guy de Jean : l’anti-Chinois

Rétablissons toute de suite la vérité : l’entreprise Guy de Jean n’a rien contre la Chine, elle importe même d’Asie plus de la moitié des 150.000 parapluies qu’elle vend dans l’année. « Plutôt le haut de gamme de ce qui se fabrique làbas » tient à préciser Pierre de Jean, l’actuel pdg et fils du fondateur de la société éponyme, Guy de Jean. Ce choix s’est révélé nécessaire pour résister à l’assaut de produits bas de gamme mais très bon marché qui ont presque tué la fabrication de parapluies dans notre pays et fait beaucoup de dégâts en Europe : « on compte sur les doigts de la main ceux qui fabriquent encore en France ». Impossible également de s’approvisionner encore en Europe pour les montures, tous les fabricants ont disparu et « il n’y a plus d’autre solution que de les acheter en Asie ». Les toiles, elles, viennent encore de France et sont imprimées sur place. Mais il est aussi vrai que de l’usine de Donzy, commune nivernaise de 1.700 habitants à quelques encablures de Cosne-sur-Loire, sortent tous les ans 60.000 pièces « maison » commercialisées en France et dans le monde. L’entreprise a réussi le tour de force de rester fabricant - quand beaucoup sont devenus des intermédiaires - grâce à deux atouts majeurs : le savoir-faire et la créativité, qui lui permettent de valoriser sa fabrication sur le segment moyenhaut de gamme.

Saga Familiale

Il faut remonter aux origines de l’entreprise pour comprendre la réussite actuelle. Comme souvent, derrière l’histoire d’une maison se cache une belle histoire familiale. « Aprèsguerre, ma mère travaille à Paris chez sa tante Agathe dans une des boutiques de la rue Greneta, alors une des rues du parapluie de la capitale. Mon père, Guy de Jean, qui est styliste et a habillé la reine de Belgique, descend dans l’hôtel juste en face de la boutique... Tous les deux relancent l’affaire, d’abord à Paris puis à Donzy, dont ma mère est originaire. Mon père imprime son goût de la mode, du design, des belles choses et du travail bien fait, un style qui reste la marque de fabrique de l’entreprise ». Pierre de Jean est l’aîné des enfants, il travaille dix ans aux côtés de son père avant de prendre les rênes en 1990. La fabrique est désormais installée sur 2.000 mètres carrés dans la zone artisanale de Donzy. Elle emploie 20 salariés dont 14 à la fabrication, et réalise 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires. Elle n’en a pas oublié pour autant ses fondamentaux et perpétue la saga familiale, puisque Claire de Jean, styliste, épouse de Pierre, y assume la direction du bureau de style. La collection Guy de Jean, qui représente 60% du chiffre d’affaires, c’est elle : « nous avons une gamme étendue de parapluies pliants, de ville, de golf, déclinée dans deux collections annuelles que nous renouvelons pour moitié à chaque saison. Mon épouse va sur les salons et travaille avec des dessinateurs free-lance sur les idées, dessins, tendances ». Elle est aussi l’oreille de l’entreprise pour dialoguer avec les stylistes des deux couturiers – Chantal Thomass et Jean Paul Gaultier - dont Guy de Jean détient les licences de production et de commercialisation depuis plus de 20 ans, dans le droit fil de l’esprit couture qui anime la maison : « je voulais que l’on puisse voir l’esprit d’une marque à travers le parapluie, une âme et une présence, sortir le parapluie de l’objet utilitaire pour en faire un accessoire de mode ». Pour Chantal Thomass, le fabricant modernise des formes pagode, rajoute des dentelles, tandis que les tatouages et les rayures habillent du talent de leur créateur les parapluies Gaultier. Les deux licences constituent à elles seules 40 % du chiffre d’affaires. Accessoire de mode également quand la marque propose du sur mesure, « pour lutter contre le produit chinois sur lequel certains se contentent de coller un logo », avec des créations réalisées pour Roland Garros, Saint James, Crédit Agricole Indosuez. Audelà d’une fabrication diversifiée, Guy de Jean a aussi misé sur la modernisation de sa production « avec des systèmes d’arrêtage sur les baleines, la coupe au laser ou encore l’impression numérique, une qualité extraordinaire jusque-là irréalisable ».

Japon, Russie et bientôt Chine ?

Impossible toutefois pour un métier de main d’oeuvre de rivaliser avec la concurrence chinoise : « en France, le prix de revient d’un parapluie est de 25-30 euros, bien loin du produit chinois à 5 euros... ». La production est donc diffusée essentiellement dans les maroquineries, les grands magasins de type Galeries Lafayette, ou les boutiques d’accessoires. Quand les marchés français et européens saturent, c’est vers les marchés lointains que l’entreprise se tourne, avec près de 45% de son chiffre d’affaires à l’export : « nous vendons en Russie et au Japon, un pays très exigeant en terme de qualité. Un peu aux États-Unis et en Australie ». Pour le Japon, premier marché mondial avec 120 millions de pièces vendues par an, autant que d’habitants, qui a fait du parapluie un art de vivre, Guy de Jean a développé des ombrelles adaptées à la petite taille des habitants et aux rues encombrées des villes nippones. L’entreprise, qui ressent les effets de la crise, voit d’ailleurs son salut passer par le développement de ses exportations, à même d’élargir une clientèle susceptible d’acheter du parapluie haut de gamme. Ironie du sort ou juste retour des choses, elle songe désormais à s’implanter en Chine !

« En mars, au salon du prêt-à-porter de Pékin avec Ubifrance, nous avons été envahis de Chinois subjugués par nos modèles, mais peu sont des professionnels. Et ils sont très exigeants sur les prix ». C’est donc avec optimisme mais prudence que Pierre de Jean avance sur ce marché, où il reste tout à faire, d’autant qu’il redoute la contrefaçon, un fléau dont son entreprise est déjà victime : « encore récemment j’ai trouvé un dessin à nous sur un parapluie russe fabriqué en Chine... nous déposons nos modèles mais cela ne suffit pas à éviter les copies ». Seules armes véritables sur ce terrain : les nouveautés, la qualité. Une longueur d’avance que l’entreprise détient encore, même si le savoir-faire de fabricant devient difficile à transmettre : « six de nos salariés vont partir à la retraite et comme il n’existe pas d’école du parapluie, nous avons prévu des formations internes avec Pôle emploi ». Mais peut-être pas pour autant de personnes... Ce serait pourtant dommage que les futurs Gene Kelly, Pierre Richard ou Mary Poppins (1) du septième art en soient réduits à charmer nos imaginaires avec un triste « pébroque » chinois...

(1) Dans les films : Chantons sous la pluie, Le coup du parapluie et Mary Poppins

Planète parapluie

Le marché du parapluie en France, c’est « quinze millions de pièces, dont la plupart sont bas de gamme, presque jetables », selon Pierre de Jean.

Dix millions d’entre eux finiraient d’ailleurs dans nos poubelles chaque année (source planétoscope. com). La Chine est le premier producteur mondial de parapluies et l’Italie reste le leader européen.

Sylvie Kermarrec