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L'article de la semaine

Coiffure. Si le secteur de la coiffure compte 80 % de salons indépendants ou en réseau, de nouvelles façons d’exercer le métier ont fait irruption, bouleversant un paysage affaibli par la crise économique. Qui sont ces nouveaux acteurs ?

De nouvelles tendances qui décoiffent

C’est d’abord la coiffure à domicile, boostée par le statut d’auto-entrepreneur, qui explose les compteurs de la création : plus de 50 % des établissements qui se créent n’ont plus de salon, dans un secteur qui a perdu 9.000 salariés en 4 ans (1). Les raisons de cet engouement sont d’abord économiques. En période de chômage, créer son emploi peut se révéler la solution. Sylvie, coiffeuse à domicile à Dijon depuis dix ans, n’a pas retrouvé de poste après son licenciement, à 40 ans : « après 28 ans dans la même place, ma patronne vendait, mais je n’avais pas les moyens de racheter ». Magalie, 27 ans, licenciée il y a trois ans, a lancé son activité dans la foulée. Elle a investi 3.000 euros, beaucoup moins qu’en salon, et parcourt Dijon et ses environs. Toutes les deux n’ont pas vraiment gagné au change en matière de revenus. Magalie dit ne pas dégager plus de 1.500 euros nets mensuels, tandis que Sylvie « en vit »...Elles accumulent pourtant les heures : semaines de six jours, parfois les jours fériés, et peu de vacances. La crise économique est passée aussi chez les clients, qui pour certains ne peuvent plus payer les forfaits en salon : 18 euros pour les hommes, en moyenne, 43 euros pour les femmes (1). Aida M’Dalla détient 35 salons « Allure » dans le grand Est et va lancer sa licence de marque le 8 juin prochain. Elle confirme : « les gens ont moins de pouvoir d’achat, cela se ressent dans la fréquentation ». Selon Magalie « la coiffeuse à domicile est plus disponible, c’est pratique pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer. Et les tarifs sont avantageux ». La clientèle ? Surtout des femmes, de 16 à 90 ans ! Toutes les deux s’accordent à dire qu’il faut démarrer avec sa clientèle de salon, qui amorce le bouche-à-oreille, principal canal de recrutement des clientes. La coiffure à domicile répond aussi à un besoin d’autonomie : loin des relations parfois tendues en salon, on s’organise comme on veut. Une liberté payée chère mais que ni Magalie ni Sylvie ne sont prêtes à abandonner. C’est d’ailleurs l’argument des poids-lourds Aventif ou Viadom qui salarient des coiffeuses « en temps partiel choisi » (sic), sur toute la France. Essentiellement des femmes qui gèrent une clientèle qu’elles se font elles-mêmes, « de quelques heures si elles ont des enfants jusqu’à un temps plein »... Ces structures investissent aussi hôpitaux et maisons de retraite que « les salons traditionnels n’ont pas fait l’effort de capter », selon Pierre Martin (voir encadré).

Nouvelles habitudes de consommation

Côté clients, les habitudes évoluent vers le « plus vite et moins cher » auquel répond le low cost. 40 espaces Beauty Bubble - intégrés ou franchisés - ont fleuri « au milieu des flux », précise Patrick Langer, président et responsable du développement, dans les gares, aéroports ou hypermarchés. Au Carrefour de la Toison d’Or à Dijon, le « corner », loué au magasin, accueille trois salariés. L’idée ? Aller à l’essentiel : «Nous gardons ce que le client ne peut pas faire lui-même : la coupe et le brushing ». Avec un argument massue : « 10 minutes, 10 euros ». Une réponse selon lui « à un marché vieillissant, attaqué par la coiffure à domicile, avec des tarifs trop élevés pour les clients », mais qui résume le défi à relever pour les salons les plus traditionnels : se renouveler pour séduire, quand seulement 17% des créations se font en reprise et qu’un exploitant sur deux a passé la cinquantaine.


« Le salon de Ginette, c’est fini ! »

170.000 actifs travaillent dans les 79.000 activités de coiffure françaises, pour un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros. La Bourgogne compte 2.570 salariés pour 2.082 établissements (Source FNC). Pierre Martin, président jusqu’à la semaine dernière de la puissante Fédération nationale des coiffeurs (FNC), réunie en congrès à Auxerre du 18 au 20 mai, trace le portrait d’un secteur en pleine mutation.

Le Journal du palais. Comment va la coiffure ?

Pierre Martin. Elle souffre d’un fort recul de l’activité, n’étant pas prioritaire pour les consommateurs. Nous faisons aussi face à un nombre très élevé de nouvelles implantations, par des personnes qui créent leur emploi. Il y a, en France, 11.800 auto-entrepreneurs en coiffure. Sur 79.000 activités de coiffure, seules 38.000 sont employeurs. Cette atomisation, trop forte, conduit à une contraction et à des cessations d’activité.

Pourquoi autant de créations ?

Dans ce métier très féminisé il est difficile de rester salarié après 40 ans: il faut se former sans arrêt, être disponible. La clientèle s’attend à être coiffée par des personnes jeunes, en phase avec la mode. La durée d’un salarié est de quinze ans en moyenne, il est donc normal que ces personnes cherchent à créer leur emploi, surtout en période de crise. Ce que nous combattons, c’est le recours au régime de l’auto-entrepreneur. La loi Pinel est une très bonne avancée, mais il est important de ne pas créer de concurrence déloyale, avec des cotisations sociales trop faibles sources de difficultés futures, notamment sur les droits à la retraite.

50 % des créations se font hors salon. Les reprises ne représentent plus que 18,4 % des immatriculations, contre 41,6 % en 2004. S’achemine-t-on vers un modèle sans salon ?

Les franchises ne s’intéressent qu’aux galeries marchandes ou artères principales des grandes villes. Le coût d’aménagement du salon est important, il faut un trafic client élevé avec des niveaux d’investissements forts. Par contre vous pouvez encore créer un salon à Dijon dans des quartiers secondaires pour 20 à 30.000 euros, ce qui reste faible dans l’artisanat et explique aussi le taux élevé d’installations.

Quelles places vont prendre les nouveaux concepts : low-cost, implantations dans les gares, coiffure à domicile ?

Le low-cost existe dans les grandes villes, mais en Bourgogne c’est infime. Ce qui se dessine, ce sont différents segments de marché, du haut de gamme au basique. Celui qui a des moyens limités ou peu de temps ira vers des prestataires avec des prix bas et des prestations partielles. D’autres, comme les seniors, ont un pouvoir d’achat fort et un besoin de lien social. Le salon de Ginette, avec les plantes grasses dans la boutique, un décor désuet, c’est fini ! Les clients attendent sécurité, compétences et services. Nous sommes une des professions qui forment le plus tout au long de la vie, avec 70 % des collaborateurs qui ont un brevet professionnel. Cela a un coût et nos revendications portent sur une baisse du coût du travail.

Lors du congrès d’Auxerre, vous avez acté la fusion des deux organisations professionnelles patronales du secteur, la FNC et le CNEC (Conseil national des entreprises de coiffure).

Nous avons créé l’Union nationale des entreprises de la coiffure (UNEC, présidée par Bernard Stalter) qui a vocation à regrouper la profession, indépendants ou en réseaux, pour la rendre plus forte vis-à-vis des pouvoirs publics, assurer une meilleure représentation, parler d’une seule voix dans le dialogue social.

Sylvie Kermarrec

Reportage