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Portrait
Edition du 04/06/2012 au 10/06/2012

McDominant

Cet ancien de l'école hôtelière de Toulouse est à la tête d'une vingtaine de restaurants McDonald's, un empire de la restauration rapide bâti en tout juste 30 ans.

Avec McDo, c’est simple : on aime ou on déteste, il n’y a pas d’entre deux. Du coup, mieux vaut savoir accepter la controverse lorsqu’on possède, comme Michel Réglat, 17 (bientôt 19) McDonald’s sur le territoire du Grand Toulouse. Malbouffe, conditions de travail difficiles, etc., les clichés ont la vie dure même si l’homme bataille, à son échelle et depuis l’ouverture de son premier McDonald’s en 1982, place du Capitole à Toulouse, pour changer l’image de l’enseigne et faire de ces temples du fast-food de vrais restaurants. Un combat que ce natif du Lot-et-Garonne, devenu l’un des plus importants franchisés de l’enseigne à la marque jaune, pourrait bien être en passe de gagner.

Né a Marmande, mais toulousain depuis l’âge de 11 ans, Michel Réglat a fréquenté Fermat puis l’école hôtelière de Toulouse. Un cursus classique qu’il complète en 1975 par une formation au management hôtelier dans une école suisse, l’Institut international de Glion, près de Montreux sur les bords du Léman, une école réputée d’où sortent les managers de l’hôtellerie internationale. Encouragé à poursuivre ses études par le doyen de l’école suisse, notre Toulousain s’envole ensuite pour l’État de New York, et s’inscrit à la Cornell University, une des huit universités américaines membres de l’Ivy League, où il obtient un MBA en management.

À tout juste 25 ans, bardé de diplômes, Michel Réglat a devant lui une carrière toute tracée dans le management hôtelier international. D’ailleurs, à peine de retour des ÉtatsUnis, la chaîne d’hôtels Intercontinental lui ouvre les bras et lui propose un poste à Genève... qu’il accepte. Un an plus tard pourtant, ce sillon tout tracé dévie de sa trajectoire.

Ses parents, dont ce n’est pas le métier, viennent d’acheter une brasserie place du Capitole à Toulouse, « un lieu très bien placé mais sans âme, en déperdition », se souvient le dirigeant, et sans personne pour s’en occuper. « Ce n’était pas vraiment mon truc, mais je me suis mis en disponibilité et au final, je l’ai gardé pendant trois ans. » Le temps d’en faire « un haut lieu de rencontres pour la jeunesse toulousaine ». Il développe si bien l’affaire que trois ans plus tard, lorsqu’il décide enfin de retourner vers l’hôtellerie, « j’ai eu des problèmes pour vendre, explique-t-il, l’affaire me collait trop à la peau ! » Alors qu’il est à la recherche d’un repreneur, il prend contact avec le siège de McDonald’s Europe à Francfort. « À l’université, aux ÉtatsUnis j’avais fréquenté beaucoup d’enseignes de ce type, parce que cela m’intéressait. Et puis, McDonald’s était à l’époque très peu présent en France, sur Paris et dans l’Est seulement. »

Le contact est bon – la marque veut se développer dans l’Hexagone et installer un siège à Paris –, à tel point qu’on lui propose de devenir franchisé. Pour Michel Réglat, c’est l’heure du choix : « je savais qu’au sein d’Intercontinental, une affectation à Téhéran m’attendait. Je me voyais mal là-bas... j’ai accepté la proposition de McDonald’s. »

Le Toulousain ouvre en 1982 dans la Ville rose le premier McDo hors de l’Est de la France, et rencontre le


1955
Naissance à Marmande (47)

1972
Ecole hôtelière de Toulouse, promotion Rabelais

1975
Formation en management hôtelier à l'institut international de Glion près de Montreux en Suisse

1977
MBA en management à Cornell University, Etat de New York, USA

1980
Dirige la brasserie Le Tortoni, place du Capitole à Toulouse

1982
Ouvre un premier restaurant McDonald's, place du Capitole

1998
Devient associé McDonald's France Joint Venture

2005
Préside la maison Ronald McDonald de Toulouse

2011
Obtient le première certification française HQE pour l'exploitation d'un restaurant à Plaisance-du-Touch

2012
Ouverture de deux nouveaux restaurants à Muret et place Esquirol à Toulouse

succès « au-delà de nos prévisions. Le soir même, nous n’avions plus rien dans nos frigos ! » Le mot d’ordre à l’époque est « l’intégration dans la ville : chaque franchisé y allait de son clin d’œil local. Nous, c’était une déco autour de Toulouse-Lautrec que nous avait réalisée un prof des Beaux-Arts. Ce n’était pas encore des restaurants tels qu’on les fait aujourd’hui mais on rompait déjà avec l’idée de fast-food. D’autant que nous avions déjà connu les Wimpys de Jacques Borel et l’image des fastfoods, ce qu’on appelait la junk food, n’était pas forcément très bonne, la presse relayant, de son côté, le cliché de la culture américaine et s’inquiétant pour l’avenir de nos enfants. » Michel Réglat se souvient d’ailleurs, amusé, de la réaction du premier banquier rencontré : « il m’a mis à la porte en me disant que c’était une mode qui passerait très vite. »

Trente ans plus tard, devenu entre temps (en 1998) associé de McDonald’s France Joint Venture et bientôt à la tête de 19 restaurants, puisque deux autres doivent ouvrir cette année à Muret et place Esquirol à Toulouse, Michel Réglat a eu raison d’y croire, lui qui se considère toujours comme un entrepreneur indépendant. Ses restaurants réalisent 60 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploient près d’un millier de salariés. Des personnels qu’il rencontre régulièrement pour leur expliquer les évolutions de l’enseigne.Pour les impliquer aussi dans d’autres actions qui lui tiennent particulièrement à cœur comme la maison des parents de Purpan, dans laquelle la Fondation Ronald McDonald a investi 2,2 millions d’euros – il préside l’association Dessine-moi une maison parrainée par Vincent Clerc, chargée de gérer la maison. « S’occuper de l’association me fait du bien, assure Michel Réglat. Cela remet les idées en place et permet de relativiser bien des choses. » Cet engagement auprès des enfants prend depuis peu une autre forme : le restaurant du Mirail accueille des cours de soutien scolaire aux enfants du quartier dispensés par une association. Une expérimentation à laquelle Michel Réglat tient beaucoup et qui pourrait être pérennisée à la rentrée.

Agnès Bergon



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