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Des carburants plus divers et surtout plus chers


Événement. Les invités du deuxième dîner-débat du Club ForumEco - Les Crayères, organisé mercredi 21 février, ont échangé sur les carburants de l’avenir.


«Tordre le coup aux idées reçues », voila bien un des mérites du deuxième dîner-débat Forumeco- Les Crayère, organisé au château du même nom par Les Petites Affiches Matot Braine mer-credi 21 février, sur le thème « Quel(s) carburant(s) pour l’avenir ? » C’est Jacqueline Lecourtier, l’invitée « fil rouge» (modérateur de la soirée) et directrice de l’Agence nationale de la recherche, qui par son expertise a énoncé la première vérité indispensable à un échange constructif, sur ce thème sensible de l’énergie : « Jusqu’à la fin du siècle il n’y a aura pas de problèmes de réserves.
Il y aura des problèmes d’environnement, des problèmes de coût et autres, mais il n’y aura pas de problèmes de réserve en matière de pétrole. » Un discours qui a placé dans de bonnes dispositions Jacques Blondy, directeur du développement agricole de Total, qui avait accepté de faire ce déplacement à haut risque en terre de bio-carburants. Il n’en a pas moins confirmé que, tout comme Jacqueline Lecourtier du temps où elle était directrice scientifique de l’Institut français du pétrole (IFP), Total travaille de longue date sur des formes d’énergie de substitution : éolienne, solaire, biomasse ou biocarburant. Un travaille effectué par l’industrie pétrolière « sans urgence » pour « ébaucher ce que pourrait être la réponse, à travers un mix de carburants ».

DÉFI ÉCONOMIQUE « Selon que l’on adopte tel ou tel angle de lecture, on peut avoir des appréciations d’une réalité future un peu différentes » a tenu à nuancer Bernard Mary, président du pôle industries et agro-ressources et directeur général du Crédit agricole du Nord-Est. Après deux ans d’existence du pôle de compétitivité, son président a eu largement le temps en effet d’estimer la réalité du défi français en matière de biocarburants, notamment face aux grands producteurs que sont le Brésil et les Etats-Unis. « Non seulement il faut protéger la planète mais en plus il y a des défis économiques ».
«Nous sommes ici en Europe dans de multiples bassins agro-industriels qui nécessitent qu’on trouve des solutions pour leur valorisation ». «Nous pensons pouvoir jouer notre rôle et on nous allons le faire » a confirmé Pascal Prot, président de Champagne Céréales. Pour les 300000 tonnes d’éthanol que le site de Pomacle s’apprête à produire, les agriculteurs de la région mobilisent déjà 10000 ha de terres à betteraves et 50000 ha de terres de blé. «Le Brésil va bientôt arriver à la production de 200 millions d’hectolitres, à titre de comparaison, en France, c’est 1 million d’hectolitres qui seront produits ».
«Nous aurons probablement recours à des importations,a reconnu le producteur céréalier, mais à partir du moment où nos outils ont démarré et sont amortis,on n’a pas de crainte », évoquant la nécessité de faire les choses « dans l’ordre et d’ouvrir les frontières petit à petit ».

LA PERFORMANCE DES MOTEURS
Une petite voix alternative s’est élevée à ce moment du débat, en la personne de Philippe Germain, évoquant la croissance chinoise pour remettre en question la sérénité des pétroliers. Le délégué régional d’EDF en a appelé à l’énergie nucléaire arguant qu’« avec les réserves d’uranium qu’on a aujourd’hui, on peut arriver à plusieurs milliers d’années de production encore ». Selon lui les efforts combinés d’EDF, Dassault et Bolloré devraient prochainement apporter des propositions en matière de moteurs mixtes. Il n’a cependant pas pu éluder le souci de l’autonomie des modèles de voiture électrique, qui vise environ 200 km d’ici 2010, 2015. En l’absence d’un représentant du Conseil national des professionnels de l’automobile, excusé à la dernière minute, Jacques Blondy a confirmé qu’en matière de progrès techniques environnementaux, « Les constructeurs sont déterminants ». Bernard Liébart, ancien président de la Fédération nationale des transporteurs routiers, a rappelé l’importance des normes et des exigences hexagonales, tant sur le plan des rejets gazeux que de la performance des moteurs. Bernard Mary a confirmé les contacts du pôle de compétitivité avec des constructeurs français qui à l’heure actuelle «ne sont pas prêts », tandis que les constructeurs étrangers, Ford et Saab notamment, s’implantent sur le marché français. « Il y a plus de 55 % de véhicules de particuliers dans l’Union européenne qui roulent au diesel », appuie pour sa part Jacques Blondy, prophétisant pour les 10 à 15 prochaines années une prédominance du diesel, voire du bio-diesel. D’où la nécessité soulevée par Jacqueline Lecourtier, pour la filière biocarburants champardennaise de produire à la fois sur le volet éthanol et sur celui des éthers de colza. « Les directives européennes vont nous pousser dans ce sens », a confirmé Pascal Prot. Au delà, le prochain défi pour le pôle de compétitivité Industries et agro-ressources, énoncé par la directrice de l’Agence nationale de la recherche, est la production des biocarburants de seconde génération, « qui utilisent tout ce qui contient de la cellulose », soit le blé, la betterave, mais aussi la paille ou même le bois. Alors, affirme Jacqueline Lecourtier, « On n’ira pas chercher de l’éthanol au Brésil ». «Dans ce second volet,on est dans le train avec les autres et il ne faut pas lâcher la prise, c’est là où se fera la compétitivité par rapport aux autres », a résumé pour sa part Vincent Steinmetz, directeur de l’Agence régionale de la Recherche.
Textes et photos : Guillaume Trécan


Zoom… UN CERTAIN FLOU RÉGLEMENTAIRE
« Aujourd’hui, les pompes E85 sont illégales. Il n’y a pas de réglementation sur le fonctionnement et les règles de sécurité à prendre pour ouvrir une pompe délivrant au public de l’E85. » Cette inquiétante affirmation est venue au coeur du débat de la bouche de Jacques Blondy, directeur du développement agricole de Total. Peut-être une manière de justifier le triste épisode de la pompe fournie par le pétrolier à Paris, qui n’a fonctionné que le temps d’une photo. Mais, si cette sortie a provoqué l’amusement de tous ceux qui ont assisté à l’inauguration des pompes E85 par Michel-Edouard Leclerc à Reims et Châlons, en présence de représentants de l’Etat et des Douanes, il n’en est pas moins vrai que celles-ci ne fonctionnent qu’en vertu de dérogations. Aucun décret gouvernemental ne réglemente pour l’instant ce commerce et ni le prix et ni la fiscalité du biocarburant n’ont été fixés. Ce qui n’empêche pas Bernard Mary, président du pôle de compétitivité, d’annoncer qu’une cinquantaine de pompes sont à venir sur la région, grâce au concours de Leclerc, de BP, et de Ford.

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