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Tourisme. La Bourgogne doit jouer la carte des vins

Dîner-débat. Si le tourime viti-vinicole a, au départ, été pensé dans un but marchand, les professionnels du tourisme et du vin s’aperçoivent que le touriste a bien changé… Il cherche aujourd’hui à vivre une expérience culturelle. Les invités de notre dernier dîner débat en conviennent tous. Reste à structurer, à adapter et à renforcer l’offre bourguignonne.
C’est un paradoxe tout bourguignon que celuilà. Si l’oenotourisme trouve ses racines dans la crise, obligeant les viticulteurs à se mettre à vendre à la bouteille et à ouvrir des caveaux de dégustation pour séduire de nouveaux consommateurs, il semble que la région s’ouvre aujourd’hui au tourisme viticole avec d’autres intentions. Sinon, comment expliquer que des noms prestigieux comme Olivier Leflaive, Anne Gros ou le Comte Sénard investissent –massivement pour certains– dans des tables d’hôtes, des hôtels ou des caveaux de dégustation, alors qu’ils n’ont aucun mal à exporter leurs vins? «Je me suis retrouvé hôtelier sans m’en rendre compte », raconte Michel Laroche, qui vient d’ouvrir, à Chablis, l’hôtel du Vieux Moulin, deux ans après avoir inauguré son wine-bar. « C’est pour nous un moyen de conforter la marque [ndlr: le groupe Michel Laroche, qui réalise un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros, est coté en bourse] et de valoriser nos produits. Pour cela, nous sommes prêts à perdre de l’argent. »

C’est là toute la différence avec le vignoble bordelais, en avance, diton, sur ce tourisme émergent, qui multiplie les opérations sur le thème de la vigne et du vin –avec, comme grand précurseur de la vinothéraphie, Les sources de Caudalie, créées par le domaine Smith Haut-Lafitte. Cette émergence est certainement économique: le vignoble bordelais est environ six fois plus grand que son cousin bourguignon, avec une production plus difficile à écouler. Reste que la Bourgogne, en avance sur le monde entier lorsqu’elle ouvre ses caves aux visiteurs, semble aujourd’hui quelque peu à la traîne sur ses concurrents alsaciens, bordelais, italiens ou espagnols. Jérôme Richard, le président de Via-Bourgogne. com, l’agence de voyages régionale sur Internet, s’en est rendu compte récemment, quand il a invité les professionnels du vin à une réunion de présentation de son offre en ligne. «En collaboration avec le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, nous sommes allés à leur rencontre à Beaune,à Mâcon et à Chablis… mais sur les 3.000 viticulteurs invités, seuls une trentaine ont répondu présent au rendez- vous», déplore-t-il.

Du côté des institutionnels, on appelle au décloisonnement des deux mondes mais le dialogue reste compliqué entre, d’une part, le monde du vin et ses nombreux interlocuteurs– syndicats d’appellation, organisations départementales, régionales ou nationales… – et, d’autre part, le monde du tourisme et son millefeuille de comités ou offices de tourisme, constatent unanimement les invités du dîner-débat. Les choses s’améliorent, promet Anne-Sophie Tavant, responsable du tourisme à la CCI de Beaune: «Les partenariats sont récents mais ils sont effectifs, notamment entre le Comité régional du tourisme, les comités départementaux et les offices de tourisme ». Sophie Ollier, la directrice du Comité régional du tourisme, confirme: «Nous ne faisons plus les choses chacun dans notre coin, nous tentons de fédérer les actions pour valoriser la marque Bourgogne,en accompagnant des structures prêtes à investir ». Il faudra donc certainement encore un peu de temps pour sructurer l’offre et inciter les Bourguignons à se lancer dans ce tourisme à part entière. Car « la demande est pressante », insiste Damien Delattre, qui a monté à Beaune une école de dégustation. En contact direct avec les visiteurs, il note l’évolution: «Les gens de passage sont demandeurs, ils veulent découvir le vin et comprendre.Malheureusement, il y a trop peu d’endroits pour cela en Bourgogne». Pire, annonce-t-il, les professionnels euxmême auraient besoin de formation pour accueillir les visiteurs: «Trop souvent, le viticulteur leur sert un verre et ne sait pas quoi leur raconter».

La Bourgogne peut tout de même compter sur quelques structures dignes de ce nom comme le Comte Sénard, à Aloxe-Corton, le Château de Chassagne-Montrachet ou, à plus grande échelle, Le Hameau du vin, à Romanèche-Thorins, ou plus récemment l’Imaginarium, à Nuits-Saint- Georges. Olivier Leflaive a, quant à lui, décidé d’investir près de deux millions d’euros dans un hôtel hautde- gamme avec une table d’hôtesdégustation à Puligny-Montrachet. Le négociant-éleveur a voulu s’épargner les visites intempestives et soigner ses visiteurs en leur ouvrant un espace convivial et en mettant à leur disposition deux sommeliers qui ont la lourde tâche de décomplexer le vin: « La Bourgogne est trop compliquée, dit Olivier Leflaive. Le visiteur a besoin d’explications. Il repart satisfait, en payant son repas-dégustation. Il ne sent plus obligé d’acheter du vin.Quant à moi,j’économise les 6.000 bouteilles que j’ouvrais chaque année pour faire déguster,et surtout mon temps.» Pascale Lambert, la directrice de Côted’Or Tourisme, confirme cette tendance: le touriste est à la recherche «de nouvelles expériences» et non plus seulement de vieilles pierres.

STRUCTURER L’OFFRE
La création, au niveau national, d’un observatoire et d’un label de l’oenotourisme pourrait aider les pionniers bourguignons dans leur démarche. Car, pour l’heure, «le visiteur est soit complètement perdu face à la surabondance d’offre dans les caveauxdégustations et chez les cavistes beaunois, soit, au contraire, déçu par le manque de propositions que l’on peut lui faire dès qu’il recherche une table d’hôtes-dégustation ou encore une prestation haut-de-gamme dans le vignoble», explique Françoise Bidot, directrice de l’Office de tourisme de Beaune. La Bourgogne a une carte à jouer, celle de ses vins conclut Didier Martin, le président du CRT. Car, comme le note Pascale Lambert, si les touristes s’arrêtaient auparavant en Bourgogne pour des besoins physiologiques –elle fait référence au sommeil–, la région ne se résume plus seulement à ce «corridor de l’A6». L’oenotourisme est donc un enjeu sérieux: réussir à retenir le touriste pour faire de la Bourgogne davantage qu’une région de passage et faire grimper cette moyenne de 3,69 nuitées par Français.
 
Textes: Patrick Lebas
Photos : Michel Ferchaud



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