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Autour de la table de Stéphane Derbord, place Wilson à Dijon, dix invités (élus locaux, spécialistes de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire, acteurs du logement…) ont débattu de la redensification des villes.

Les villes, entre densité et expansion

Dîner-débat. Faut-il, au nom du développement durable, et le cas échéant comment, mettre fin au lent mouvement de dédensification des villes ? Les invités de la dernière soirée du Journal du Palais ont échangé sur la question, sans langue de bois.
Un magazine spécialisé, Traits urbains, titrait récemment en une : «Densité,entre refus et devoir ». Un résumé, en peu de mots, des paradoxes qui habitent la question de la densité urbaine. D’une part, l’extension incessante des zones urbaines paraît contraire aux canons du développement durable, puisqu’elle gaspille des espaces ruraux et agricoles, défigure des villages, crée des nuisances et génère des coûts grandissants à mesure qu’augmente le prix des produits pétroliers. D’autre part, le citoyen rêve de devenir propriétaire de son pavillon avec jardin, et tient à sa liberté de choix, tout en exigeant de bénéficier du même niveau de service quel que soit son lieu d’habitation. Le débat ne date pas d’hier, précise d’emblée Michel Visteaux, président de l’Institut pour une meilleure connaissance des villes (Icovil) de Dijon: «La taille de la ville a évolué au fur et à mesure de la diffusion des modes de transport, d’abord publics avec le tramway, puis individuels avec la voiture. Aujourd’hui les télécommunications jouent également leur rôle dans le phénomène de dédensification ».

Si, depuis quelques siècles, les villes ont donc peu à peu pris leurs aises, l’heure serait venue de limiter ce mouvement d’expansion. «Quand arrêtera-t-on de saccager nos villages ? », demande, un brin provocateur, le président de l’Ordre des architectes de Bourgogne, Christian de Crépy, en faisant allusion aux lotissements pavillonnaires qui sortent de terre dans tant de communes de la deuxième voire de la troisième couronne des villes. La piètre qualité architecturale de nombreux projets péri-urbains irrite également Félicien Carli, directeur du Conseil en architecture, urbanisme et environnement (CAUE) de Côte-d’Or, qui relève, sondage à l’appui, le «sérieux manque de culture architecturale de nombreux élus locaux ». S’il paraît opportun, par ailleurs, de redensifier les cités, c’est parce que les villescentres connaissent une évolution relativement inquiétante : le nombre d’habitants a ainsi fortement baissé à Chalon-sur-Saône, rappelle Alain Perdreau, vice-président du Grand Chalon. «Dans le schéma où les pauvres sont dans la cité, le cadre supérieur et le cadre moyen en périurbain, le centre-ville est victime d’une gentrification.Cette envie individuelle de l’éloignement et la recherche d’espace s’accompagnent d’une montée de l’intolérance: on ne supporte plus son voisin », résume Christian de Crépy. Mais plus encore, c’est l’argument financier qui fait mouche: la hausse du prix de l’essence et les coûts induits par l’expansion urbaine en termes d’infrastructures et de services justifient un resserrement de l’urbanisme.

DEUX OBSTACLES MAJEURS
Reconstruire la ville sur elle-même serait, par conséquent, la meilleure des solutions. C’est d’ailleurs toute la philosophie de la politique de l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru), dont le directeur départemental de l’équipement de Côte-d’Or, François Bordas, est le délégué régional. Encore faut-il convaincre que « densité peut rimer avec qualité». C’est tout l’intérêt d’un programme comme celui conduit par la société d’économie mixte (Sem) Val de Bourgogne, dans le quartier des Prés Saint-Jean à Chalon- sur-Saône. «Il faut redonner aux gens l’envie de vivre la ville», résume pour sa part Pierre Pribetich, viceprésident du Grand Dijon. Restent deux obstacles majeurs. Tout d’abord le coût du foncier, rare donc cher en territoire urbain. Le phénomène rend délicate la mise en oeuvre d’une vraie stratégie de mixité sociale. Il pousse un organisme HLM comme l’OPH 21, présidé par Bernard Depierre, à aller construire à l’extérieur de l’agglomération. Les communes ou communautés d’agglomération contribuent, certes, à la construction de nouveaux logements sociaux, mais leurs moyens sont limités. D’où la proposition de Jean Perrin, président de l’Union nationale de la propriété immobilière (UNPI), par ailleurs premier adjoint au maire de Chevigny-Saint-Sauveur et élu au Grand Dijon, «d’optimiser l’occupation des logements existants ». L’autre obstacle majeur à une bonne gestion de l’étalement urbain, c’est la question du manque d’outils politiques. «Si l’agglomération dijonnaise est bien organisée, le développement de l’urbanisation de la deuxième et de la troisième couronne n’est absolument pas maîtrisé, malgré la création du schéma de cohérence territoriale (Scot) », constate François Bordas, qui souligne que le nombre d’intervenants rend difficile l’émergence d’une politique globale. «Dans l’organisation de l’espace urbain et péri-urbain, il manque une autorité morale. Les communautés d’agglomération pourraient être cet organisateur, mais elles ne disposent pas de la compétence urbanisme», complète Alain Perdreau. La lutte contre un étalement urbain nocif passe pourtant, à l’évidence, par la mise en place d’un acteur capable de s’imposer à tous les autres. Le Scot peut-être ?
 
Textes: Patrice Bouillot, Patrick Lebas
et Agnès Thouvenot
Photos : Michel Ferchaud


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