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Le siège de leur société , Manaty, est installé dans un simple appartement en duplex, rue Berbisey à Dijon. Un bureau truffé d’informatique d’où les cinq associés de Manaty règnent sur une armée de consultants répartis dans le monde entier. Au total, une trentaine de spécialistes de l’informatique ou des technologies de la mobilité, qui résident aux États-Unis, en Chine, aux Philippines, au Maroc, en Lituanie, en Ukraine ou en Argentine. Double avantage de cette présence mondiale : « Pour nos clients pressés qui ont besoin de faire tourner leurs systèmes d’information 24 heures sur 24, nous avons toujours quelqu’un qui répond quelque part sur la planète, explique Sébastien Michéa. Et nous avons sous le coude des compétences variées, complémentaires : pour l’architecture et la gestion des projets, nous restons plutôt en France, mais nous avons de bons développeurs Java ou des spécialistes de l’iPhone dans d’autres pays. » Cette organisation a séduit des clients de poids. Manaty a travaillé ou travaille pour Bouygues, Carrefour, Télé 2, Lyonnaise des eaux… Son job ne consiste pas à concevoir de simples sites internet, mais à imaginer des dispositifs autrement plus complexes. Exemple ? C’est dans les télécommunications que la jeune société dijonnaise a débuté… Pour Carrefour mobile (la filiale du distributeur spécialisée dans la téléphonie mobile), Manaty a conçu et mis en oeuvre «mon compte » (le système qui permet au client de gérer son compte personnel), plus exactement l’interface entre le site grand public et les coulisses techniques. Dans la foulée, Manaty a travaillé pour Télé 2 mobile, cette fois pour mettre au point les « briques » pour la saisie des commandes dans les boutiques. En clair, si un client achète un forfait de deux heures de communication et qu’il peut effectivement aussitôt appeler deux heures avec son téléphone mobile, c’est grâce à l’ingénierie déployée par les ingénieurs, développeurs et programmeurs de Manaty. Quelques années plus tard, dans un tout autre domaine, Manaty a mis au point pour Lyonnaise des eaux une plateforme de facturation présentant la souplesse nécessaire pour gérer des produits spécifiques tels que le télérelevé des compteurs d’eau. « Sur le marché, nous nous sommes rendu compte que les logiciels de facturation étaient très chers et peu souples…» L’innovation Manaty a déjà séduit d’autres enseignes : EDF et un opérateur télécom en Malaisie. Mais pourquoi donc de grands comptes font-ils appel à une si modeste entreprise ? «Nous avons l’avantage, par rapport aux poids lourds du secteur, de proposer un service très souple, hyper réactif, et à un coût moindre », résume Vincent Desreumaux. D’autre part, Manaty n’utilise généralement que des logiciels libres, n’imposant donc pas l’achat de licences à ses clients. Open is beautiful, donc ? (« ce qui est ouvert est beau ») « Là où les grands groupes ont des ressources et des process très lourds, nous présentons l’avantage de la réactivité : nos consultants sont à la pointe, ils adoptent vite les innovations, et ils sont obligés de travailler vite. » Manaty, c’est un modèle économique tout à fait original, mis au point par Sébastien Michéa, Vincent Desreumaux et leurs trois autres associés (Camille Picolet, Antoine Michéa et Vincent Naudion). La structure centrale, à Dijon, est réduite au minimum – une seule salariée – ; les consultants facturent à Manaty, qui facture aux clients et prélève 10 % au passage (le chiffre d’affaires a grimpé jusqu’à 1,4 million d’euros, et se monte à un million d’euros par an depuis 2009)… Pas de salaires, pas de frais, chaque consultant est indépendant et a donc intérêt à mener ses missions le plus vite possible et avec
N’allez pas croire que cette petite structure bien rodée ne décroche que de modestes contrats. Pour Bouygues, elle a mobilisé une trentaine de consultants sur un projet d’un million d’euros : la mise au point d’un système de gestion des flottes de cartes Sim « M2M » (« machine to machine » : les cartes Sim qui équipent les appareils automatiques tels que les distributeurs de boissons, dotés de cartes Sim qui leur permettent d’envoyer des informations à l’entreprise chargée de leur maintenance). « Un marché phénoménal, en pleine explosion… Aujourd’hui nous sommes en train d’élaborer la version 8 de ce système…» N’allez pas vous imaginer non plus que Manaty se contente du marché français : avec le soutien du conseil régional de Bourgogne et de Coface, la petite société dijonnaise a dépêché un VIE en Malaisie, où elle va créer la plateforme de facturation d’un opérateur de téléphonie. Les deux cofondateurs de Manaty ont bien rencontré quelques clients dijonnais l’an dernier lors d’une mission à Barcelone, sur un salon des NTIC… Mais 80 % de leurs clients sont parisiens. Une belle aventure pour ces deux Dijonnais d’origine… Sébastien est docteur en mathématiques, ancien programmeur chez Cap Gemini à Paris puis enseignantchercheur dans une université de Pennsylvanie ; Vincent, DUT d’informatique et BTS mécanique à Dijon et licence en conception assistée par ordinateur à Aix-en-Provence, a débuté dans un bureau d’études pour l’industrie, où il a perçu la demande des PME en matière de service informatique – ce qui l’a poussé, en 2003, a créer sa première société, Avril Conseil (création de sites et surtout info gérance). Et c’est en voulant répondre à un appel d’offres un peu trop gros pour lui que Vincent a croisé la route de Sébastien. La suite, on la connaît : Manaty voit le jour en 2006, au Maroc et en France simultanément, et développe, depuis, un modèle de business original. Et, visiblement, ça marche.
Patrice Bouillot


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