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Portrait

Il court, il court le patron

Chef d'entreprise depuis vingt ans, il est un adepte des ultramarathons. À son palmarès, entre autres, le record d'une des courses les plus dures au monde: 333 kilomètres dans le désert marocain en 55 heures.

Mais qu’est ce qui le fait courir comme ça? Le sens de la compétition et du chronomètre, le besoin irrépressible de se lancer des défis et de se surpasser, l’envie de voir de nouveaux horizons et de se vider la tête ? Un peu de tout ça sans doute. Une chose est sûre, Thierry Corbarieu est tout sauf un fou. Pourtant les défis que se lance ce chef d’entreprise sont, eux, hors norme. Fondateur d’EEGI, une entreprise d’électricité générale basée à Auterive, il a remporté en décembre dernier la Trans 333, l’un des raids de course à pied les plus extrêmes de la planète. Ni plus ni moins que 333 kilomètres en autonomie au coeur du Sud marocain, s’orientant au seul GPS et avec 1,5 litres d’eau tous les 25 kilomètres… Et comme cela ne suffisait pas de s’imposer face à la cinquantaine d’ultramarathoniens présents, il en a profité pour décrocher le record de l’épreuve, en venant à bout de cette distance en 55 heures ! En fait, tout a commencé un peu par hasard. Alors qu’il possède un emploi du temps déjà bien rempli avec une entreprise d’une vingtaine de salariés qui intervient sur toute la France pour des chaînes comme Kiabi, Kenzo, Zara mais aussi en électricité générale pour des logements et autres équipements en climatisation, il décide un jour de s’inscrire au marathon de New York, par pur défi. S’il est un sportif de longue date, ayant dû arrêter le rugby qu’il pratiquait depuis l’âge de sept ans, il n’est pas un coureur à pied. Qu’à cela ne tienne. Il s’inscrit par internet à l’épreuve pour se mettre au pied du mur et être sûr de ne pas renoncer et se met à l’entraînement. Cinq mois plus tard il boucle l’épreuve. Dans la foulée, si l’on peut dire, il participera aux marathons de Paris, Barcelone, Londres. Sa première expérience du désert et de la longue distance, il la vivra en 2005 en s’alignant au marathon des sables en Tunisie, finissant 52e sur 800 concurrents. Il y prend goût et affiche depuis des participations au Lybian challenge, 190 kilomètres dans le désert, autour du Mont Blanc, 160 km, à la traversée de la Martinique comme au grand raid sur l’île de la Réunion, l’une des épreuves de course en montagne les plus difficiles. C’est d’ailleurs, en partie, cette longue pratique de la montagne dans son Ariège familiale qui l’a préparé à se lancer dans de telles aventures. Son prochain objectif : « Une des plus grandes au monde, un mythe, la 555 » dit-il avec l’oeil qui s’allume déjà de plaisir. En l’occurrence un plaisir un peu masochiste puisqu’il s’agit de pas moins de 610 kilomètres non-stop à travers le désert du Niger ! Ensuite, déjà, est programmée la « Bad Water », une petite ballade de 212 kilomètres dans la Vallée de la mort aux États-Unis, « très difficile du fait de la température qui est constante, jour comme nuit, entre 55 et 60 degrés ». Debout à cinq heures, après une journée de chef d’entreprise des plus remplies, il part tous les soirs courir pendant 1h30, consacrant deux demi-journées à l’entraînement pendant le week-end et le reste du temps à sa femme et ses trois petits garçons. Si les performances sportives sont au rendez- vous, celles de l’entreprise également. La société réalise peu ou prou trois millions d’euros de chiffre d’affaires, est en croissance permanente depuis une dizaine d’années et il reconnaît même avoir réalisé en 2009 sa meilleure année depuis vingt ans. « C’est avant tout car vis-à-vis de nos clients nous avons une politique simple basée sur la proximité et


1969 Naissance à Toulouse
1991 Création de l’entreprise EEGI
2001 Premier marathon à New York
2005 Première course extrême au marathon des sables, dans le Sud tunisien
2007 Lybian challenge, 190km non stop dans le désert lybien. Il termine sixième. Traversée de la Martinique
2008 Grand Raid à la Réunion
2009 Remporte la Trans 333 dans le Sud marocain en battant le record de l’épreuve: 55heures de course non stop pour couvrir la distance.
un service très réactif » souligne-t-il. Une politique basée également sur un engagement fort en faveur de l’apprentissage: « 80% de nos chefs de chantiers sont issus de cette filière ». La passion du patron pour la course à pied a même un effet d’entraînement très fort, tant vis-à-vis de la clientèle qu’en interne. Lorsque l’on entre dans l’entreprise, des photos prises aux quatre coins de la planète ornent les murs, « il faut vraiment que notre activité soit écrite au fronton du bâtiment pour savoir que l’on fait dans l’électricité » rigole-t-il. « En fait, le mental qu’il faut à la tête d’une entreprise pour arriver à s’en sortir se rejoint beaucoup avec la course extrême. On doit être capable de se surpasser. Ce qui me plaît avant tout c’est que l’on ne sait jamais si on va y arriver ». S’il trouve cela dans le désert il reconnaît également : « Là je suis enfin seul avec moi-même. Je ne suis tributaire ou responsable de personne. C’est aussi ce que je recherche ». Une passion communicative qui a suscité des vocations au sein même de l’entreprise, à commencer par Carole la comptable qui l’accompagne depuis 20 ans et qui a plusieurs marathons à son actif, ou Benoît qui est devenu selon Thierry Corbarieu « l’un des meilleurs coureurs de la région ». Pour lui, « cela a vraiment créé une dynamique dans l’entreprise, on participe à des courses ensemble comme en Lybie ou à la Réunion, et ça nous permet de parler d’autre chose que du travail ». Cela marche même tellement bien qu’ils vont être sept salariés à s’aligner en avril prochain sur le marathon de Paris ! Lui les accompagnera, restera aux côtés des derniers de la troupe et savoure d’avance le plaisir de les voir tous arriver au bout de l’épreuve. «Mais c’est sûr qu’ils vont souffrir, avant tout il faut avoir envie de se faire mal pour relever de tels défis » pronostique-t-il. Et surtout, selon lui, comme en toute chose il faut mettre simplement un pied devant l’autre : « C’est comme pour un livre. On ne va jamais directement du début à la fin. Il faut aborder la distance chapitre après chapitre, progressivement ». C’est l’un des conseils qu’il distille lors des multiples interventions qu’il fait auprès des écoles d’Auterive auxquelles il tient particulièrement, pour faire partager son expérience et sa passion aux vertus éducatives. Tout simplement.

Hervé Chossat



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2010-02-16


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