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Economie
Edition du 29/08/2011 au 04/09/2011

Télétravail : la Bourgogne rattrape son retard

une personne avec un ordinateur portable sur les genouxInnovation. À l’instar des autres régions françaises, la Bourgogne accuse un retard certain dans la promotion de ce nouveau mode d’organisation du travail. Si les moyens technologiques existent, il semble que la résistance au changement soit encore forte...

Lorsqu’il décide de quitter Paris en 2004 pour rejoindre la Bourgogne, Pascal Minguet, consultant en communication et expert en nouvelles technologies, voit s’imposer à lui un mode d’organisation nouveau : le télétravail. « Si, au départ, ce ne fut pas un choix, assure-t-il, je suis aujourd’hui ravi de travailler de cette manière, même si cela nécessite une discipline personnelle et une organisation rigoureuse ». Une situation que con - naissent bien les travailleurs indé pen dants et qui, mutation technologique oblige, commence à toucher le monde de l’entreprise. Avec seulement 7 % de télétravailleurs, selon la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), la Bourgogne, à l’instar des autres régions françaises, se montre relativement réticente à généraliser ce mode d’organisation auprès des salariés, pourtant en demande. « Le monde du télétravail recouvre des réalités bien différentes, tempère Grégory Maubon, en charge des nouvelles technologies au sein de la chambre de commerce et d’industrie de Côte-d’Or. Aujourd’hui, avec l’avènement des smartphones et des ordinateurs portables, tout le monde peut télétravailler. » Pour les salariés, il s’agit avant tout d’une volonté liée à une situation personnelle changeante : déménagement pour suivre son conjoint, arrivée d’un enfant... À l’entreprise de s’adapter pour conserver en son sein ses forces vives. « Nous cherchons avant tout des solutions pour répondre à ces demandes particulières, explique Jean Chevaldonné, responsable d’Éduter, institut de recherche, recherche- développement et d’appui au système éducatif au sein d’AgroSup Dijon. Le principal avantage du télétravail, pour notre structure, est de conserver des collaborateurs dotés de compétences pointues. » Ce sont près de 40 personnes qui sont concernées sur les 215 salariés que compte la structure. La plupart sont en temps partiel, d’une demi-journée à plusieurs jours par semaine, selon l’éloignement. « Nous avons même un salarié parti vivre en Allemagne qui ne vient sur place que quelques jours tous les deux mois », ajoute Jean Chevaldonné. Du point de vue des salariés comme de celui des employeurs, les avantages semblent nombreux : moins d’absentéisme, hausse de la productivité, gain de place, économies de carburant... « Cela me permet de concilier plus facilement vie professionnelle et vie de famille, ajoute Audrey, rédactrice web pour un site internet dédié à la franchise de distribution, mère de trois jeunes enfants et télétravailleuse depuis quatre ans. Même si, à mon sens, le fait de travailler chez soi et de ne pas être physiquement dans l’entreprise pénalise en termes de promotion interne et d’évolution de carrière ». Un écueil que partage Jean Chevaldonné, qui déplore le manque d’unité au sein de ses équipes. «Ne pas être présent aux réu - nions, manquer tout ce qui se dit autour de la machine à café nuit à l’esprit d’équipe », déplore-t-il. Il existe cependant un cadre législatif qui réglemente le télétravail. L’accord national interprofessionnel signé le 19 juillet 2005 par l’ensemble des organisations syndicales, dont les dispositions ont été élargies par le ministère du Travail en 2006, s’appliquent à toutes les entreprises, même en l’absence d’accord collectif. Cet accord, qui s’applique à toutes les entreprises, stipule que le télétravail ne peut se faire que sur la base du volontariat des salariés, qu’il doit faire l’objet d’un avenant au contrat de travail et insiste sur l’aspect réversible de cette organisation. Une étude menée auprès de grandes entreprises, lancée par le cabinet conseil spécialisé dans le développement des nouvelles organisations de travail Greenworking, et commanditée par Éric Besson, ministre chargé de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie numérique, permettra de vérifier certaines hypothèses sur les avantages présumés du télétravail. Les conclusions, qui seront connues à la fin de l’année, porteront notamment sur la satisfaction et la motivation des salariés en situation de télétravail, ainsi que sur les freins qui seraient essentiellement d’ordre organisationnel et managérial.

UN IMPACT ÉCOLOGIQUE DIFFICILE À MESURER

Encore trop souvent présenté comme un moyen de réaliser de substantielles économies de carburant et d’énergie, le télétravail ne peut être une solution à lui tout seul, selon Aurélien Trioux, chargé de mission pour l’agence pour l’environnement et le développement soutenable en Bourgogne (Alterre) : « Les télétravailleurs se chauffent, s’éclairent, utilisent leur ordinateur et effectuent des déplacements privés. Il est quasi-impossible aujourd’hui de mesurer l’impact de ce mode de travail sur l’environnement. Nous suivons actuellement quelques expériences naissantes en Bourgogne pour essayer de déteminer l’incidence de ces nouveaux comportements ». Les premières conclusions d’une expérimentation menée par 12 agents du conseil général de Côte-d’Or, sous l’impulsion de son président François Sauvadet, également ministre de la Fonction publique, font état, après quelques mois en télétravail, de quelques gains financiers personnels au profit des nouveaux télétravailleurs. L’avenir nous dira si ce constat, encore marginal, se vérifiera à plus grande échelle.

TÉLÉTRAVAIL ET COWORKING : DEUX ORGANISATIONS DIFFERENTES

Plusieurs structures dédiées à ces modes d’organisation ont vu le jour en Bourgogne ces dernières années. Destinés aux salariés comme aux indépendants, ces lieux atypiques présentent l’avantage de mutualiser un certain nombre d’outils et de technologies. À Dijon, la création des Docks numériques, dont l’inauguration officielle devrait avoir lieu d’ici à la fin du mois de septembre, est une initative originale née des échanges entre professionnels des métiers du numérique. « Nous en sommes arrivés à la conclusion qu’un espace de coworking était la solution idéale pour permettre aux différents “travailleurs du web” de cet écosystème local de multiplier les échanges et de monter ensemble des projets », explique Grégoire Japiot, co-fondateur des Docks numériques. La structure accueille depuis mars sept coworkers occupant les quatre bureaux du lieu, ainsi que quatre coworkers à plein temps dans l’espace partagé et une dizaine à temps partiel. Une mixité qui permet une certaine émulation, dont bénéficient tous ceux qui partagent un intérêt commun lié au numérique. Plusieurs événements, de type barcamp, sont déjà organisés autour de thématiques spécifiques et réunissent un réseau élargi d’acteurs locaux. « À terme, les Docks numériques ont vocation à être labelisés comme cluster de l’économie numérique locale», annonce Grégoire Japiot. Si le milieu urbain semble de prime abord être un terreau idéal pour ce type de projet, d’autres initiatives voient le jour en milieu rural, répondant à des besoins d’animation du territoire et de fidélisation des salariés d’entreprises implantées dans des zones moins attractives. Dès 2003, la communauté de communes des Portes du Morvan a créé un télécentre sur le site de la maison numérique du Pays nivernais Morvan, à Lormes. Une première étape qui a conduit le Pays nivernais Morvan à imaginer le « Pays 2.0 », en répondant à l’appel à projets des pôles d’excellence rurale (PER) en avril 2011. Avec ce label, le pays fait le pari de créer un territoire rural tourné vers l’économie numérique. Un nouveau levier d’attractivité et de valorisation du territoire qui devrait séduire entreprises, salariés et travailleurs indépendants. Le télécentre de Lormes accueille aujourd’hui sept télétravailleurs, dont cinq salariés et deux indépendants. Ceuxci avouent retro u ver dans ce type de structure un esprit et une ambiance de travail qu’ils n’ont pas chez eux. « Un élément indispensable pour lutter contre l’isolement du travailleur à distance », conclut Pascal Minguet.

Marianne Tarragon-Béarez



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