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Economie
Edition du 11/10/2010 au 17/10/2010

Midi-Pyrénées affiche ses ambitions touristiques

Événement. Le Club Forumeco organisait le 6 octobre son troisième dîner-débat consacré cette fois aux différents types de tourisme en Midi-Pyrénées. Un sujet qui a réuni une vingtaine de spécialistes du secteur ainsi que Martin Malvy, le président du Conseil régional.

Après l’Ile-de-France et Rhône-Alpes, Midi- Pyrénées est la troisième région intérieure touristique de France. Elle se classe au 6e rang au niveau de l’accueil des touristes étrangers. Ce secteur économique est extrêmement important puisqu’il emploie près de 45000 personnes dont la moitié de professionnels permanents et pour un CA est de 4,5 milliards d’euros, soit 6,7% du PIB régional. Sur l’ensemble de l’année 2009, 80millions de nuitées ont été comptabilisées. «Par ces chiffres, on constate qu’on n’est plus dans une économie molle » tient à préciser avec humour Martin Malvy, le président du Conseil régional de Midi-Pyrénées. La région, qui propose un panel extrêmement large truste les accessits. Troisième dans le domaine du tourisme scientifique et technique, elle est leader dans celui du secteur thermal. A ce jour, elle compte 18 stations thermales et thermoludiques. Dans ce domaine, la Région a réalisé 163 opérations (optimisation, mise aux normes et modernisation des équipements) pour un investissement total de 88 millions d’euros. Par ailleurs, afin de répondre à l’accueil et aux nouvelles exigences des clients, des efforts importants ont été consentis en ce qui concerne la rénovation du parc hôtelier (1 million de lits). « En déployant l’aide régionale à la modernisation des hôtels de Midi-Pyrénées, nous avons réhabilité plus de 100 enseignes » explique Martin Malvy.

LES GRANDS SITES, LEVIER DE LA POLITIQUE RÉGIONALE

Alors que le tourisme ne représente que 0,01% du budget de l’État, le président du Conseil régional a délibérément pris le contre-pied. Depuis dix ans, le budget de la Région alloué à ce secteur a été multiplié par deux. L’économie touristique doit faire face à une concurrence féroce, il est donc essentiel de la renforcer et de l’organiser. Selon Martin Malvy, « il est essentiel de cibler un certain type de clientèle qui a une appétence manifeste pour les lieux de qualité ». Le dispositif des Grands Sites s’inscrit dans ce cadre. En juillet2008, la Région a choisit 24 lieux symboliques qui disposent d’une forte notoriété vis à vis des clientèles nationales et internationales, mais pas toujours identifiés à la Région. Ils constituent de « grands aimants » vis-à-vis de ces clientèles, mais participent aussi au rayonnement des territoires dans lesquels ils se situent, à la qualité de l’image et de l’identité des départements et de la Région. Sur les 18millions de visiteurs qu’accueille annuellement Midi- Pyrénées, 80 % d’entre eux passent par ces sites. Bien qu’ils soient extrêmement fréquentés, ils le sont souvent pour des périodes très courtes. Pour pérenniser des emplois, des visiteurs, une image, ils doivent faire face à des investissements lourds qui portent autant sur la valorisation de leur patrimoine, des infrastructures d’accueil, que de la préservation de leur environnement. C’est pourquoi le dispositif des Grands Sites s’appuie sur des contrats d’objectifs passés entre la Région, les départements et les collectivités concernées, qui ont pour but de faire émerger des projets structurants que la plupart des sites ne peuvent réaliser seuls et de les accompagner en terme d’ingénierie. Afin de rayonner au niveau national et international et de mieux identifier Midi-Pyrénées, la promotion et la communication de ces sites se font de façon collective. Ainsi, la collection Grands Sites est valorisée à travers des outils communs (site Internet, plaquette, charte graphique, films promotionnels). Philippe Guérin, président du Comité régional du tourisme (CRT) estime cette politique positive. 20% des Midi-Pyrénéens redécouvrent et se réapproprient ces lieux. « L’été dernier, le passage du Tour de France dans le massif pyrénéen a été un réel apport sur plusieurs jours. Quant à la cité épiscopale d’Albi qui a enregistré une hausse de fréquentation de 10 % suite à son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, elle a suscité l’engouement des clientèles chinoises et japonaises, férues de patrimoine historique et culturel ».

« SLOW TOURISME » ET SYNERGIE DES OFFRES

Béatrice Bouffil, l’invité fil rouge du débat, trouve intéressant le concept des Grands Sites. « Il ne s’agit plus de segmenter les différentes offres de tourisme mais bien de les coupler. Il faut mettre en perspective toutes les richesses - gasronomiques, culturelles, patrimoniales, environnementales- de la Région. La présidente de DDB Nouveau Monde Le Tourisme va plus loin, et n’hésite pas à parler de « slow-tourisme » ou tourisme lent. « Par analogie au « slow food », le tourisme lent allie protection de l’environnement, respect des cultures et des identités locales et plaisir de voyager, l’ère de l’hyper mobilité tend à être progressivement éclipsée par l’ère de la lenteur. Dans la même veine, le pèlerinage, pratiqué par de plus en plus de Français, même non croyants, soucieux de faire une pause et de se ressourcer est une tendance forte. Charles Pujos, commissaire à l’aménagement, au développement et à la protection du massif pyrénéen, a rappelé le formidable potentiel des Pyrénées. « Ce massif est une marque mondiale. Plusieurs sites comme celui de Gavarnie et d’autres associés aux sentiers de Saint- Jacques-de-Compostelle sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Afin de développer l’extraordinaire authenticité de ces lieux, nous allons mettre très prochainement en place un portail Internet complet ». Pour sa part, Philippe Nau, président du Groupe Manatour et Taxiway Airbus Visit, pense que « l’authenticité ne suffit pas à singulariser un espace naturel ». Autre domaine en vogue, celui concernant l’industrie. Selon Christian Poncet, délégué régional EDF, « la fréquentation des sites industriels comme la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) est à la hausse. » Véritable tête de pont d’un tourisme dit transversal, l’espace EDF Bazacle à Toulouse, usine hydroélectrique en activité depuis un siècle est la « concentration au même endroit d’un patrimoine industriel et d’un espace culturel » attire 100000 visiteurs par an. Afin d’optimiser la singularité de Midi-Pyrénées, il est essentiel de s’attaquer à deux problématiques majeures, celle des transports et du temps de séjour. Avec l’arrivée du TGV à Toulouse et la mise en place de la LGV Sud- Ouest dont les travaux ne commenceront pas avant 2014-2015, la région sera éminemment plus attractive. En attendant cette date butoir, le développement des liaisons aériennes low-cost (à prix modique) favorise l’expansion touristique autour d’aéroports et de zones concentriques autour de sites ou de villes moyennes tels que Tarbes, Carcassonne ou encore Rodez. Afin de toucher une clientèle de proximité qui se tourne plus vers le terroir régional, l’offre touristique fluviale régionale est à prendre en considération. « Les professionnels de la batellerie proposent désormais une multitude de prestations de type croisière, restauration, location, lieux de réunion, équipements culturels… » explique Sonia Ruiz, présidente de l’Office de Tourisme de Toulouse. Mis à part dans une certaine mesure le festival « Jazz in Marciac » (Gers), la Région manque de festival fédérateur fort, à l’impact national. « Afin de palier au manque événementiel (près de 300 festivals disséminés dans la Région à l’année), la Région doit attirer et fidéliser sa clientèle en créant des synergies, comme par exemple la visite de grands sites lotois tels que Rocamadour ou Saint-Cirq-Lapopie et l’oenotourisme. Même si l’on sent un frémissement, il y a de gros efforts à faire sur la communication autour du cépage du Malbec et sur l’ensemble de la filière oenotouristique » prêche Guillaume Bardin, viticulteur exploitant le château de Cayx (Lot). Ce genre d’offre permettra à terme d’allonger les temps de séjour. Pour Martin Malvy, « l’objectif est de passer de 1 à 2 jours à Toulouse et de 5 à 6 dans la Région. Ce qui développerait l’activité touristique globale de 30%. »

DÉVELOPPER LE TOURISME D’AFFAIRES

Autre grand secteur touristique à développer : le tourisme d’affaires. Toulouse, grande ville universitaire et de recherche manque singulièrement d’infrastructures pour accueillir des salons ou des événements économiques d’envergure. La Ville rose ne dispose que de centres à faible capacité tels que Diagora, l’Espace Pierre-Baudis et le Parc des Expositions sur l’Ile du Ramier. «L’outil fait le marché » n’hésite pas à affirmer Marc Doncieux, directeur général d’Europa organisation, leader de l’organisation de salons en Europe. « Avec le nouveau Parc des expositions à Blagnac, nous atteignons une taille critique minimum inhérente à l’organisation de grands événements futurs ». Jean-François Renac, directeur de Sem Tourisme Toulouse Convention Bureau abonde dans le même sens. « Pour renforcer la crédibilité de Toulouse et son image de grande métropole européenne d’avenir, nous devons avoir une politique de destination centrée sur la capitale régionale. Avec l’émergence d’enceintes dont la capacité variera dans une fourchette comprise entre 3000 et 5000 personnes, nous pourrons mieux rivaliser. Dès à présent, nous travaillons à la promotion de Toulouse pour l’après 2014 ».

Mathieu Arnal



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