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Portrait
Edition du 19/09/2011 au 25/09/2011

Pomm'art

Propriétaire du château de Pommard depuis 2003, il a investi plus de 50 millions dans la rénovation du château et de ses emprises. Amoureux de l'art, il envisage d'ouvrir une résidence d'artistes au coeur même de ses vignes.

photo de Maurice Giraud devant une statueL’hélicoptère rutilant, posé au milieu des vignes devant le château de Pommard, atteste de la présence du propriétaire des lieux sur ses terres. Arrivé directement du sud de la France, où il vit la majeure partie de l’année, Maurice Giraud prend le temps d’un déjeuner avec deux de ses collaborateurs avant de régler les affaires courantes avec la directrice générale du château. « Je ne peux me passer de ce paysage. Pommard est mon havre de paix », déclare-t-il en se perdant dans la contemplation de son domaine par la fenêtre de son bureau. Nul doute que l’homme mesure le chemin parcouru depuis sa naissance en Haute-Savoie. Septième rejeton d’une famille qui en compte huit, il perd sa mère très jeune et grandit modestement. Son père a exercé toutes sortes de métiers – bûcheron, paysan, scieur – pour faire vivre sa famille. « Il n’avait pas les moyens de m’offrir une bicyclette », se souvient Maurice Giraud. Des hivers rigoureux et de la vie difficile de ses aïeux, Maurice Giraud a hérité le goût de l’effort et la conviction que le travail est une vertu. À l’âge de 13 ans, il passe un CAP de menuiserie et entre en apprentissage chez un professionnel pour apprendre toutes les ficelles de son métier. En 1962, après avoir effectué son service militaire, il connaît une période de questionnements. Que faire de sa vie ? À cette époque, les touristes découvrent les joies des sports d’hiver et les villages de Haute-Savoie se développent pour accueillir cette manne nouvelle. Maurice Giraud fait vite le lien entre ses compétences et l’ampleur de ce nouveau marché de l’« or blanc ». Il prend sa carte d’artisan en 1963, revend sa moto pour acquérir quelques machines-outils et lance sa petite affaire de construction. D’un collaborateur au tout début, il se retrouve très vite à la tête d’une équipe d’une vingtaine d’ouvriers qui ne cessera de se développer. Amoureux du travail bien fait, Maurice Giraud est persuadé que c’est cette exigence qui a fait son succès. Le travail ne manque pas et il n’a pas ménagé sa peine pour faire prospérer son entreprise. En 1976, coup de théâtre, il accepte un très gros chantier en Allemagne, qui nécessite l’emploi de 150 personnes. Une collaboration malhonnête et c’est le chantier qui doit stopper brutalement. « J’étais alors sous le statut d’entreprise individuelle. J’ai dû déposer le bilan et faire face aux huissiers pour éponger les dettes. Cela m’a pris dix ans ! », explique Maurice Giraud. Coup dur pour ce jeune entrepreneur à qui tout semblait réussir. Il n’a pourtant jamais perdu la foi et, une fois sa situation régularisée, il n’a qu’une hâte : relancer une affaire de construction. C’est donc en 1986 qu’il fonde la Maurice Giraud Montagne, la fameuse MGM, qui deviendra très vite le numéro un de la construction en montagne. « Je me suis spécialisé dans la construction de chalets et de bâtiments très haut de gamme… Il y avait à l’époque un marché, ce qui a assuré le succès rapide de la MGM. » Chat échaudé craignant l’eau froide, il se garde bien de retomber dans les erreurs du passé. La MGM est une entreprise intégrée qui gère l’ensemble des étapes de la construction : l’achat du foncier, le bureau d’études, la maîtrise d’oeuvre… L’année 1992 marque un tournant, l’activité de la MGM s’accélère, notamment grâce à de nombreux chantiers d’envergure menés pour Bouygues en région parisienne. Lui-même un peu étonné de ce succès, Maurice Giraud lance, sur le ton de la plaisanterie, à quelques collaborateurs : « Quand je réaliserai un milliard de chiffre d’affaires, je m’arrêterai, je ne serai pas capable d’aller plus loin ! » Nous sommes alors en 1987. « En 2002, j’ai arrêté de faire des annonces idiotes et j’ai continué à travailler », ajoute-t-il en souriant finement. En 2004, il conclut un partenariat avec un pôle bancaire


1942 Naissance le 27 novembre, en Haute-Savoie.
1963 Lance sa première entreprise de construction en Haute-Savoie.
1976 Contraint de déposer le bilan, il mettra dix ans à rembourser ses dettes.
1986 Fonde la Maurice Giraud Montagne (MGM). 2003 Acquiert le château de Pommard.
2004 Lance le chantier de rénovation du château et reprend ses études.
2009 Ouvre la première exposition d’art sur l’oeuvre de Picasso au sein du château.
2011 Pommard accueille 40.000 visiteurs par an, dont 45 % d’étrangers.
et décide de confier les rênes de la MGM à son fils David. L’entreprise réalise alors 200 millions de chiffre d’affaires et emploie plus de 200 collaborateurs. Ce n’est pas tant que Maurice Giraud soit lassé du travail… l’infatigable homme d’affaires, s’il garde un pied dans l’entreprise qu’il a créée, a envie de se lancer dans d’autres défis. L’idée de reprendre un domaine viticole fait doucement son chemin depuis la fin des années 1990. «Ma soeur jumelle est mariée à un vigneron installé dans le Beaujolais. Je suis convaincu que le secret de sa joie de vivre vient de son amour pour la vigne ! », confiet- il. En avril 2002, contre toute attente, le groupe Rothschild l’appelle pour l’informer de la mise en vente d’un domaine au coeur de la Bourgogne. « Cela devrait vous intéresser, m’ont-ils dit au téléphone. Une semaine après, je visitai le château de Pommard. Un vrai coup de foudre ! » Sous le charme des vieilles pierres, il entame des négociations qui vont s’avérer difficiles. Il finira par acquérir le lieu en novembre 2003 et ne prendra possession des lieux qu’en janvier 2004. Il lance d’emblée d’importants travaux de rénovation, car « rien n’avait été fait en termes d’entretien depuis un siècle ». Ce sont 45 compagnons du devoir qui investissent le château pour lui redonner son lustre d’antan. Pendant la durée des travaux, la culture de la vigne continue. « Je me suis rendu compte de mon ignorance sur le sujet », avoue Maurice Giraud. Qu’à cela ne tienne, il s’inscrit à l’institut universitaire de la vigne et du vin Jules- Guyot à Dijon et suit assidûment les cours… en compagnie d’un autre étudiant aytpique : Hubert de Montille, le renommé avocat-vigneron bourguignon. « Ces deux années de formation ont été formidables, j’ai rencontré de gens de grand talent, passionnés, à l’image de Jacky Rigaud », s’enthousiasme Maurice Giraud. À sa passion du vin, qu’il partage avec sa fille Fanny, s’ajoute celle de l’art. «Dans ce domaine non plus, je n’ai pas de connaissances pointues, reconnaît-il, mais j’ai connu une émotion immense devant une statue de Salvador Dali, lors d’un voyage à Barcelone en 1995. Depuis, cette passion ne m’a plus quitté. » C’est grâce à un riche Américain, pour qui il avait construit un luxueux chalet à Courchevel, qu’il a l’opportunité, en 2004, d’acquérir l’oeuvre de Dali intitulée Saint Georges terrassant le dragon, bientôt suivie de La Licorne. Les deux monumentales statues trônent désor mais dans la cour du château de Pommard. Depuis 2009, il organise au sein même du domaine des expositions d’art consacrées à Picasso, à Dali, bien sûr. Cette année, un hommage est rendu aux grands maîtres du pop, street et modern’art.« Les vignerons sont aussi de grands artistes… », conclut l’homme aux deux passions.

Marianne Tarragon-Béarez



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