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Economie
Edition du 19/12/2011 au 25/12/2011

Ligne à grande vitesse Rhin Rhône : quels enjeux ?

Dîner-débat. La mise en service commerciale de la LGV Rhin-Rhône place Dijon à deux heures de Strasbourg et à une heure et demie de Bâle, ouvrant ainsi des opportunités de rapprochement pour les entreprises locales. Mais en profiteront-elles réellement ?

À six heures du matin, le dimanche 11 décembre , 80 % des trains circulant sur le territoire national (et 100 % des trains bourguignons) ont vu leurs horaires modifiés. Un changement important, avec une prise de risque non négligeable pour la SNCF, que nécessitait pourtant la mise en service de la nouvelle ligne à grande vitesse Rhin- Rhône. Cette ouverture vers l’Est, cadencée par 11 allers-retours quotidiens vers Mulhouse, Strasbourg et la Suisse, offre donc à l’économie bourguignonne des opportunités de développement et de rapprochement avec de nouveaux territoires. Pour autant, la LGV répond-elle à un réel besoin des entreprises ? Suffira-t-elle à générer de nouvelles relations commerciales entre les différentes régions ? « Difficile à dire, déclare Charles Joder, directeur régional de la SNCF. Les nouvelles dessertes au départ de Dijon n’ayant pas d’antécédent, tout reste à construire. Jusqu’ici, les rames se sont remplies depuis Paris, ce qui est logique car cela correspond à des habitudes de voyage de nos clients. Nous devons intensifier nos efforts de communication pour faire émerger ce nouveau marché. »Première ligne à grande vitesse à ne pas passer par Paris, ce TGV bouleverse de fait les habitudes. Il faudra du temps pour mesurer l’impact réel sur l’économie locale et sur les échanges entre les territoires... « Nous passons d’un système jacobin à un système girondin », analyse Pierre Pribetich, vice-président du Grand Dijon. Selon lui, la LGV replace Dijon dans une nouvelle centralité, un point d’équilibre entre l’Est et le Sud. «Nous devons faire évoluer notre positionnement intellectuellement, ainsi que nos façons de travailler et d’envisager de nouveaux développements », ajoute-t-il. Il évoque les cinq grandes problématiques auxquelles doit s’attacher la nouvelle métropole Rhin-Rhône, réunissant les territoires bourguignon, franc-comtois, alsacien et suisse : l’université, l’offre de santé, l’action économique, le tourisme et la culture doivent s’organiser de façon cohérente au sein de ces territoires pour proposer à la population une offre coordonnée. « Dijon doit retrouver cette place stratégique : au centre d’un triangle Paris- Strasbourg-Lyon, mais le travail pour se désengager de Paris sera lent », estime l’élu. Mais Dijon a-t-elle les atouts nécessaires pour assumer cette position centrale ? Agglomération de 255.000 habitants, elle possède, toujours selon Pierre Pribetich, une richesse que n’ont pas les grandes agglomérations : une qualité de vie certaine à laquelle seules des agglomérations à taille humaine peuvent prétendre. À cet argument, Martine Pleux, directrice de Dijon Développement, ajoute celui de l’accessibilité : « Ne raisonnons pas en opposition à l’attractivité parisienne, elle est un critère de choix essentiel, rappelle- t-elle. Nous devons profiter de cette ligne à grande vitesse pour construire une offre complémentaire et attirer les entreprises qui ont un intérêt à s’implanter à proximité de l’Est, notamment celles oeuvrant dans le secteur pharmaceutique ». S’il est indéniable que la LGV est un élément de fidélisation des entreprises déjà implantées, il n’en est pas moins vrai que Dijon manque d’équipements nécessaires pour proposer aux entreprises un centre d’affaires digne de ce nom autour de la gare. « Le train à grande vitesse n’est qu’un outil, nuance Marc Benner, président de Bourgogne Développement. À lui seul, le train ne pourra rien pour le développement de notre territoire ! Nous devons avoir une vision partagée, une ambition commune, un projet de développement concerté. C’est cela qui constituera notre véritable pouvoir d’attractivité. » Lucide, il admet qu’aucune entreprise ne s’est spontanément positionnée par rapport à l’arrivée du train. « À nous d’initier un marketing territorial autour d’un projet fédérateur et d’inciter les entreprises à y adhérer », affirme-il avec conviction. Pierre Guez, président du pôle de compétitivité Vitagora, approuve : « À mon sens, l’arrivée de la LGV Rhin Rhône a gommé les ressentiments qui pouvaient exister entre les régions bourguignonne, franc-comtoise et alsacienne. À Mulhouse comme à Besançon, la mise en service du train à grande vitesse a été chaleureusement fêtée, ce qui n’a par ailleurs pas été le cas à Dijon ». Il voit, dans cette facilité de déplacements, une formidable opportunité de rapprocher et d’équilibrer les forces en présence. « Pourquoi ne pas imaginer demain de mettre en place des circuits courts entre les trois régions ? », lance-t-il, optimiste. Si, dans l’idéal, beaucoup imaginent un développement coopératif des territoires autour de l’axe du TGV, force est de reconnaître que chaque acteur économique concerné est mû par une logique de développement qui lui est propre. Alors, ce projet coopératif relève-t-il d’un voeu pieu ? « Tout reste à faire, déclare Didier Martin, président de Bourgogne Tourisme. Nous n’avons pour l’heure réussi qu’à être au centre d’un noeud ferroviaire. Ne nous leurrons pas : la compétition est bien là. Pour que demain, nous soyions au coeur de l’action économique, nous devons être classés AAA : accessible, accueillant et attractif. Nos pôles de compétitivité sont les starters de notre développement. »Une réflexion que partage Véronique Morlighem, directrice régionale d’Orange-France Télécom, qui va même plus loin : « Dijon est en bordure d’un pôle d’attractivité tourné vers l’Est et l’Allemagne. Il est urgent d’entamer une réflexion sur l’aménagement du territoire. Ne soyons pas naïfs : dans beaucoup de demande, la compétitivité est corrélaire d’obtention de fonds. Il nous faut trouver les moyens pour mieux séduire que nos voisins ». En 2012, Dijon pourra proposer une connexion à très haut débit pour tous : un argument de poids, con cret et directement utile pour d’éventuels futurs investisseurs. Le TGV aura, quant à lui, comme le souligne Jean-Christophe Barra, chargé de l’animation des marchés des particuliers de la Caisse d’épargne Bourgogne Franche- Comté, « l’intérêt d’amener de la compétence partout et de favoriser les échanges et la mixité ». Pour faciliter l’émergence de projets de rapprochement entre les territoires, il reste nécessaire de donner du sens à cet axe Rhin-Rhône. « La LGV nous donne un fléchage, il nous faut nous retrouver par pôles de compétences, avance Edgard Dauger, directeur du Pôle automobile Dijon-Bourgogne. Nous avons une grande culture industrielle du matériau dans l’Est : qu’en faire aujourd’hui sans tourner le dos à notre histoire ? Nous pouvons créer une nouvelle filière sur de nouvelles énergies. »

TOURISME ET CULTURE : DES EXEMPLES CONCRETS... ET RÉUSSIS

À se demander comment fédérer des projets transverses, on en oublie que certaines initiatives ont déjà vu le jour et ont rencontré un succès certain. C’est le cas notamment du festival TGV Génériq, qui existe depuis cinq ans, dont deux sous ce nom. « L’idée était de capitaliser sur le succès des Eurockéennes de Belfort, explique Yann Rivoal, directeur de La Vapeur à Dijon. L’arrivée du TGV a renforcé cette cohérence territoriale basée sur un projet culturel. »Enthousiasme nuancé toutefois : le « pass TGV Génériq » permettant de voyager à tarif réduit de ville en ville n’a rencontré qu’un faible succès. Le tourisme semble déjà tirer profit de l’arrivée de la LGV. « Nous y travaillons depuis deux ans déjà, explique Sophie Ollier-Daumas, directrice de Bourgogne Tourisme. Nous avons conclu un partenariat avec le Routard pour un guide axé sur le tracé de la LGV et nous avons mené des opérations de prospection pour le tourisme d’affaires, notamment à Bâle et à Zürich, opération qui s’avère fructueuse. » Bourgogne Tourisme développe aussi une offre concertée avec la gastronomie comme fil rouge… « Le touriste, de loisir ou d’affaires, est de manière générale attiré par le Sud et ne connaît pas les frontières administratives. Le TGV nous permet de draguer le touriste d’ailleurs, et vice-versa ! », sourit Sophie Ollier-Daumas.

Marianne Tarragon-Béarez



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