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Economie
Edition du 06/09/2010 au 12/09/2010

La Plantation solaire: culture du ginseng et photovoltaique

Aménagement. La ville de Seysses abritera bientôt la première mise en culture intensive de ginseng en France. La société France Ginseng est à l’origine de ce projet qui doit déboucher à terme sur la constitution d’une véritable filière française du ginseng.

L’une des plus importantes fermes solaires de la région est en train de voir le jour à Seysses, au sud-ouest de Toulouse. Sur 18 ha de terre agricole, l’opérateur Solveo Énergie (groupe Mateos) a en effet débuté la construction d’immenses rampes de panneaux photovoltaïques d’une surface de 32000 m2 en tout. Le chantier, d’un montant de près de 22 millions d’euros, doit offrir à terme une capacité de production d’électricité de 4,3 MWc. Sous ces rampes, quinze bâtiments seront construits qui accueilleront dans quelques semaines des cultures de plantes médicinales qu’on a peu l’occasion de rencontrer dans nos jardins puisqu’il s’agit de ginseng. Panax Ginseng C.A. Meyer, « la panacée » c’est le nom que les botanistes ont donné à cette plante originaire d’Asie et dont les vertus stimulantes sont vantées depuis des millénaires. Propriétaire des pépinières de Gouny à Seysses, Guy Delrieu est, avec trois autres chefs d’entreprises de la région toulousaine, le promoteur de ce projet hors norme. Avec ses associés, il a créé France Ginseng, la société chargée de développer le concept. « Je souhaitais réorienter mon activité vers la production de plantes médicinales qui constituent un marché en plein développement, explique le président de la structure. Nous cherchions des plantes qui soient à la fois adaptées au climat, qui ne soient pas encore produites en France et qui offrent une forte rentabilité pour le producteur. » Après divers arbitrages, leur choix se porte sur le ginseng, «une plante à très fort potentiel », présente dans de nom - breux compléments alimentaires et qui fait parallèlement l’objet d’études de la part de grands laboratoires pharmaceutiques qui s’intéressent à ses propriétés thérapeutiques. Hormis quelques essais peu fructueux dans l’Aisne, la culture du ginseng est inédite en France à cette échelle. À cela plusieurs raisons : la plante, très délicate, ne se développe qu’à l’ombre, nécessite des soins constants et ses racines, seule partie de la plante commercialisée, ne se récoltent que tous les quatre ans au minimum. Difficile dans ces conditions d’envisager une culture économiquement viable comme elle se pratique aujourd’hui en Corée ou au Canada. La solution viendra paradoxalement du soleil. « Nous venions d’acheter (avec Didier Bordignon, son associé, NDLR) 18 ha de terre à la sortie de Seysses, explique Guy Delrieu, et étions souvent sollicités par des opérateurs de photovoltaïque pour l’installation de panneaux solaires. L’idée a alors germé d’utiliser ces structures comme des ombrières pour pratiquer nos cultures. Les revenus tirés du photovoltaïque financeront le besoin en fonds de roulement de l’exploitation agricole, soit 350000 euros pour 4 ans sur 3 ha. » Un fois monté, le projet séduit les édiles locaux avec ses arguments: « une culture innovante », « le recours aux énergies renouvelables », et « le fait que nous allons donner du travail à deux agriculteurs à plein temps. » Le permis de construire est délivré en juillet2009 et les travaux lancés durant l’hiver.

VERS UNE FILIÈRE

Entre temps, le dirigeant présente son idée à la chambre d’agriculture et à la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt qui lui suggèrent de constituer une véritable filière française du ginseng. Banco! Le projet est validé par l’office national interprofessionnel des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (Onippam) et FranceAgriMer. Aujourd’hui France Ginseng, la société créée pour structurer la filière, n’a donc plus seulement en charge le projet de « La Plantation solaire » de Seysses mais plusieurs programmes d’implantation de culture du ginseng en France. «En plus de Seysses où nous développons 3 ha de culture, nous allons lancer un deuxième projet de 9 ha à Rion des Landes (40) où la terre convient particulièrement bien. Les travaux commenceront à la fin de l’année. » Un autre projet est également en cours sur 4 ha à Bellegarde près de Nîmes dans le Gard sur un site déjà pourvu d’ombrières. Alors que la mise en culture est prévue en novembre à Seysses et d’ici la fin 2011 à Rion des Landes et à Bellegarde, d’autres sites sont à l’étude. « L’objectif est d’atteindre, sur une huitaine de sites, une cinquantaine d’hectares de culture au total pour que la filière ait une taille significative sur le marché ». Le négoce du ginseng est en effet actuellement concentré à 95% sur la place de Hong Kong. Cette taille critique «nous permettra, ajoute le dirigeant, de conserver des exploitations à taille humaine, mais aussi de multiplier les variétés de terroirs et donc d’obtenir des concentrations de principes actifs différentes. Enfin cela nous permettra de sécuriser nos approvisionnements. »

LABEL BIO

Les promoteurs du projet ont fait le choix de créer « une filière intégrée ». Explications du patron de France Ginseng : « La société n’exploite pas les unités de production, mais les confie sous contrat d’exploitation à des agriculteurs. L’entreprise les accompagne, assure le transfert de savoir-faire – nous avons signé des partenariats avec les agriculteurs précurseurs du nord de la France, pour le transfert de compétences –, puis rachète la production et la commercialise sous sa propre marque. » Pour viser le marché du haut de gamme et notamment le secteur pharmaceutique fort demandeur en ginseng de très haute qualité, la filière entend développer une culture sous label «Agriculture biologique ». Pour ce faire, un programme de recherche a été défini, labellisé par Agrimip Innovation, afin d’établir la traçabilité des produits. D’autres partenariats ont également été noués avec l’École supérieure d’agriculture de Purpan pour travailler sur la mise au point d’un meilleur substrat, mais aussi avec l’Institut de médecine traditionnelle chinoise et avec l’Université de pharmacie de Shenyang. Une délégation chinoise est d’ailleurs attendue à Seysses en octobre, pour la mise en place de ce partenariat.

Agnès Bergon

Les plantes médicinales, la nouvelle panacée

Un marché en croissance de 10% par an

Selon l’OMS, le commerce mondial des plantes médicinales est estimé à 50milliards d’euros. Un marché important qui croît de l’ordre de 10 % par an à l’échelle mondiale, compte tenu du vieillissement de la population et de l’engouement pour les médecines alternatives. Le marché des plantes médicinales en France représente un volume de 26 000 tonnes par an. La production française de plantes médicinales qui représente environ de 8000 à 13000 ha, ne suffit pas à satisfaire la demande. Le marché français importe donc 70 à80 % des volumes utilisés soit quelque 19 000 tonnes an. En France le marché des racines de ginseng brutes est estimé, indique Guy Delrieu, « à 2 millions d’euros par an, plus tout ce qui arrive en poudre et l’ensemble des compléments alimentaires qui arrivent déjà transformés ».

A. B.



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