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Dîner-débat. Qui dit innovation pense bien souvent innovation technologique ou technique. Or l’innovation peut concerner bien d’autres domaines au sein de l’entreprise. Comment l’approche collaborative ou créative peut-elle susciter l’innovation au sein des entreprises ?Sur la photo, un décor de chambre à coucher, simple, design, blanc. Seule tâche de couleur, un tableau accroché au mur. Un tableau ? Pas seulement. Habilement intégré à l’oeuvre d’art se cache en réalité un climatiseur. « Dans cet exemple, l’innovation ne touche pas à la technologie des climatiseurs, mais bien à la valeur ajoutée au bénéfice de l’utilisateur, souligne Ludovic Denoyelle, directeur du pôle développement des entreprises et de l’Arist à la chambre de commerce et d’industrie régionale (CCIR). Ce qui a motivé l’entreprise à l’origine de cette innovation est la recherche de solutions ne nécessitant pas d’investissement en recherche et développement tout en répondant à un besoin fondamental du client. » L’innovation ne serait donc pas l’apanage des grandes entreprises dotées de centres de R&D, mais pourrait faire partie intégrante des projets développés par les PME. « Tout à fait d’accord, confirme Daniel Micard, directeur de Bourgogne Innovation, à condition toutefois de passer outre l’obstacle majeur que constitue le cloisonnement et d’adopter un état d’esprit adéquat. » L’idée reçue, la facilité consisterait en effet à cantonner l’innovation aux seuls domaines du high-tech, soit à une élite industrielle. Au contraire, l’expérience montre que l’innovation qui fonctionne n’est pas celle que les entreprises mènent seules. « Ces dernières années, la donne a changé, notamment au sein des filières », poursuit Daniel Micard. Il n’est donc plus rare pour les PME de travailler, en synergie ou en complémentarité, sur des solutions pouvant répondre à des problématiques communes. « Plutôt que d’innovation, je préfère parler d’amélioration continue, nuance Gérard Auvergne, président-directeur général de la société SBM implantée à Clénay. En démystifiant le terme innovation qui peut être un frein à la créativité, nous avons développé au sein de SBM un processus d’amélioration basé sur l’écoute de notre réseau dont le but est l’optimisation de nos axes de développement. Nous appliquons également en interne ce principe de la relation fournisseur-client, et cette méthode est très efficace pour faire s’exprimer les salariés ! »L’entreprise, qui exporte ses produits de chauffage radiants céramiques à gaz dans plus de 65 pays, a préféré, au lieu du traditionnel et non moins contraignant contrat avec ses distributeurs, conclure avec ces derniers un partenariat original et… innovant. Cet accord est en effet basé sur une mutualisation de moyens, permettant à la fois une économie substantielle et une réactivité à toute épreuve, tout en épargnant à SBM d’éventuels problèmes juridiques liés à une contractualisation trop rigide. « Nos améliorations se font pas à pas, conclut Gérard Auvergne. Cette façon de faire est plus sécurisante ».
Si l’innovation est essentielle pour pénétrer un marché et faire la différence avec la concurrence, elle s’impose souvent comme un moteur pour pérenniser la structure. « La crise de 2008 a été un élément déclencheur d’innovation », analyse Benoît de Charette. « L’obligation de durer dans un contexte global difficile, développe Pierre Chevalier, fondateur et dirigeant d’Inawa, incite les entreprises à envisager de nouvelles alliances, à envisager un développement en cohérence avec le potentiel de ses concurrents ou de ses sous-traitants ». Et de fait, ces relations inter-entreprises inhabituelles offrent de nouvelles opportunités. Pour vendre ses variateurs de vitesse, Inawa aurait pu conclure des « partenariats dormants » avec l’intégrateur final de ses produits mais Pierre Chevalier a préféré travailler en collaboration avec les intégrateurs intermédiaires, les équipementiers, pour livrer au client final un produit complet. « Une stratégie différente, plus stimulante et certainement innovante », ajoute Pierre Chevalier, qui reconnaît toutefois devoir externaliser et mutualiser la fonction R&D, fautes de ressources financières suffisantes. Car tout l’enjeu est de savoir susciter l’innovation au sein des structures. Savoir être à l’écoute, comme le souligne Gérard Auvergne, est indispensable, à l’écoute de ses salariés, de son réseau, de la concurrence, tout est source d’innovation. La finalité reste avant tout de coller à son marché et de durer dans le temps. Comme d’au tres en leur temps ont fait de le prose sans le savoir, Philippe Alibert, dirigeant de la société gibriaçoise Best Électronique, assure avoir innové sans le savoir. Pendant un temps, cinq gros clients suffisaient à l’entreprise à réaliser plus de 70 % de son chiffre d’affaires. Alors qu’ils se dégageaient les uns après les autres, Best a dû trouver des solutions pour convaincre et fidéliser plus de clients de moindre envergure, demandeurs de petites séries. L’entreprise a donc dû adapter son organisation interne, ses process de fabrication et même ses machines-outils pour s’adapter aux nouvelles demandes de son marché.
Il existe en Bourgogne plus de 60 structures dont la vocation est d’accompagner les entreprises dans leurs stratégies d’innovation. «Tous les chefs d’entreprise ne sont pas forcément armés pour mener à bien ces démarches d’innovation, pourtant indispensables à leur survie », justifie André Renard, directeur du réseau Entreprendre Bourgogne. Une des clés de réussite est, pour chaque entreprise, d’identifier précisement son marché, pour être en symbiose avec son « écosystème ». « Il est urgent d’adapter la façon d’accompagner les entreprises pour les amener à être en immersion, assène Houriah Ghébalou, directrice de Prémice, centre européen d’entreprises et d’innovation (C2EI). C’est pourquoi nous avons mis en place des “ateliers de créativité”pour mettre les producteurs d’innovation en présence de leurs utilisateurs, leurs fournisseurs, leurs consommateurs. » La création de la future technopole se veut être une « tête de réseau »de l’innovation, un concept fédérateur, ouvert à toutes les communautés citoyennes et économiques. La technopole assurera un rôle d’animation et de mise en relation des compétences, proposera de l’ingénierie collaborative de projet, via Welience aujourd’hui et les sociétés d’accélération de transfert de technologies (Satt) demain, tout en restant en lien étroit et en cohérence avec son territoire. « La problématique de la technopole est d’organiser l’innovation sur son territoire car c’est bien de la transversalité que naît l’innovation », insiste Roger Musard, chargé de mission au conseil régional de Bourgogne. Une notion de maillage géographique essentiel que souligne également Catherine Baumont, qui a dirigé huit ans durant le laboratoire d’économie et de gestion de l’université de Bourgogne, qui voit dans le territoire la ressource de l’innovation dans le sens où les échanges sont facilités dans un espace géographique donné, partageant les mêmes problématiques. Les deux pourvoyeurs principaux d’innovation sont les entreprises et l’université. Catherine Guillemin, présidente de Welience, est convaincue qu’il faut « faire se rencontrer chercheurs et chefs d’entreprise : 70% du chiffre d’affaires de Welience est réalisé grâce à des clients qui ne sont pas bourguignons, ce qui laisse présager du potentiel et de l’attractivité de notre région. » La Satt, qui se construit à l’échelle du Grand Est, aura pour mission de faire le relais entre les acteurs de l’innovation, tout en mutualisant les moyens financiers. Une force qui permettra de disposer d’un effet de levier plus important pour obtenir des crédits. « Les laboratoires de recherche sont trop souvent oubliés, lorsqu’il est question de développement économique, et, pourtant, ils sont des acteurs à part entière de l’innovation », conclut-elle. Un autre défi ? « Développer les passerelles avec les sciences humaines et sociales, et non pas seulement avec les sciences “dures” ! »
Marianne Tarragon-Béarez


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