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Portrait
Edition du 30/01/2012 au 05/02/2012

Tisseur de lien

Ce scieur nivernais, promoteur du bois et de ses multiples usages, prend la place de Jacques Ducerf à la tête de l’interprofession Aprovalbois. Objectif : continuer à tisser du lien au sein et hors de la filière.

photo de Jean-Philippe BazotLe 24 novembre 2011, lors du congrès bois et forêts d’Aprovalbois, Jacques Ducerf, président de l’interprofession depuis 1994, a présenté son successeur : Jean-Philippe Bazot. Personne ne s’attendait à voir ce pilier de la filière bois bourguignonne décrocher. Mais, avec ce sens de l’anticipation qu’on lui connaît, l’entrepreneur de Saône-et-Loire préparait depuis plusieurs mois la montée en grade de son vice-président. Une transmission somme toute naturelle car ces deux hommes ont de nombreux points communs. Quand, gamin, il était réquisitionné au ramassage des racines sur les terres défrichées par l’entreprise familiale, le jeune Jean-Philippe était loin d’imaginer qu’il dirigerait un jour l’interprofession de la filière forêt bois bourguignonne. Une filière puissante et reconnue pour son travail de promotion du matériau bois et des entreprises assurant sa transformation. L’entrepreneur est né dans une famille d’exploitants forestiers de Saint-Péreuse, dans la Nièvre. Une vie de paysan tournée vers la nature et les durs labeurs : travaux agricoles et forestiers, exploitation et transport du bois. Les parents ne chôment pas. Ils n’ont pas le temps de suivre les études du petit Jean- Philippe et jugent plus prudent de le confier à une tante de Fontainebleau, qui s’occupera de lui jusqu’au baccalauréat. Lorsque ses parents le mettent au train pour la première fois, l’écolier de neuf ans n’est pas fier. « C’était un petit peu rude, mais je n’en veux pas à mes parents. C’était le sort réservé à la plupart des jeunes de la campagne qui voulaient suivre des études, reconnaît Jean- Philippe Bazot. L’éloignement m’a forgé le caractère ». Tout comme les travaux d’été lorsqu’il fallait nettoyer les terres défrichées pour les rendre à l’agriculture ou quand il prêtait la main aux équipes de débardage. « La vie, ça se gagne ! »

LE RETOUR AU PAYS

Pourtant, le jeune bachelier se destine à rejoindre le monde des cols blancs. Son avenir semble tracé : il sera cadre en entreprise et pas forcément celle de papa. Après une année de prépa, il intègre l’École supérieure libre des sciences commerciales appliquées (ESLSCA) à Paris et sort diplômé en juin 1981. L’année suivante, il est embauché chez Bis, la société de travail temporaire, comme contrôleur de gestion. Mais à quoi bon travailler pour un patron quand on a la possibilité de travailler pour soi ? En 1984, retour à Saint-Péreuse avec sa future femme rencontrée chez Bis. L’entreprise familiale a bien changé depuis les années 1950. En 1963, les grands-parents de Jean-Philippe Bazot ont créé Bongard Bazot et fils. La nouvelle entité scelle le rapprochement des Bongard, la branche maternelle travaillant dans les travaux publics, avec les Bazot tenants de la sylviculture et de l’exploitation forestière. L’entreprise 100 % nivernaise marie ainsi de gros chantiers de TP, la création de routes et pistes forestières, la gestion de forêts, la récolte et le transport du bois. Jean-Philippe, d’abord employé à des tâches administratives, sera progressivement associé aux décisions stratégiques de l’entreprise qui compte aujourd’hui 175 salariés et réalise 24 millions d’euros de chiffre d’affaires. En 1995, peu avant le retrait de son père, il incite ce dernier à racheter une scierie à Fours. BBF réalise là un pas décisif vers la diversification de ses activités bois. Quatre ans plus tard, BBF s’installe à La Machine, à proximité d’anciennes mines de charbon. La scie de tête adaptée aux gros bois sera polyvalente : on y passera tantôt du


1958 Naissance, le 23 mai, à Saint- Péreuse.
1976 Passe son bac à Fontainebleau.
1981 Diplômé de l’ESLSCA, à Paris.
1982 Contrôleur de gestion chez Bis, à Paris.
1984 Rejoint l’entreprise familiale à Saint-Péreuse.
1995 Prend en main l’activité bois de BBF.
2009 Elu président du syndicat du commerce des bois de la Nièvre.
2011 Succède à Jacques Ducerf à la présidence d’Aprovalbois.
chêne, abondant dans la Nièvre, tantôt du douglas, richesse du Morvan. BBF qui produit de la charpente et des traverses de chemin de fer s’ouvre en 2005 à la seconde transformation afin de valoriser le douglas en bardage, clins et lames de terrasse. Les investissements les plus récents dopent la production de bois bûches, idéale pour écouler les qualités secondaires. Un succès avec plus de 15 000 stères vendus en 2011. Cette ouverture aux sous-filières du bois est un peu l’essence de l’interprofession où Jean-Philippe Bazot a tout de suite trouvé ses marques. Aprovalbois, depuis 1981, a contribué à changer la donne dans la filière. Autrefois, c’était un peu « chacun chez soi et les vaches seront bien gardées ». La profession ne disposait d’aucune vision transversale. Les temps ont bien changé grâce à des hommes comme Gaston Bordet, premier président, ou Jacques Ducerf. Loin de vivre en reclus dans la Nièvre, Jean-Philippe Bazot aime le contact, les échanges d’idées et d’infos, cette façon d’avancer collectivement. Sa volonté est de poursuivre le travail d’ouverture réalisé par Jacques Ducerf depuis 1994. « Ce qui n’a pas été le plus simple par le passé, reconnaît le nouveau président. Désormais, dans la région, tous les scieurs se parlent. Mais quel scieur n’a pas envie de discuter à bâtons rompus avec un architecte ? Nous disposons avec le bois d’un matériau très fédérateur. Chaque acteur de la filière a envie de partager son travail et nous sommes d’ailleurs écoutés d’une oreille de plus en plus attentive à l’extérieur. » Il manque encore quelques maillons à la chaîne bois. « Nous devons accueillir au sein d’Aprovalbois les architectes, les artisans du bâtiment, les négociants et pourquoi pas les bureaux d’études ». L’envie est forte aussi de créer des échanges avec d’autres interprofessions : la filière plastique qui pourrait apporter au bois son expérience des grappes d’entreprises ou la filière agro-alimentaire, très performante en Bourgogne. L’innovation, thème des deux derniers congrès d’Aprovalbois, demeurera le cheval de bataille de l’interprofession. Le prochain congrès, en 2013, pourrait continuer à explorer cette thématique. Le club d’innovation, créé en 2010 pour développer des projets en Bourgogne, rassemble des entrepreneurs désireux de travailler côte à côte. Et des idées émergent. L’on parle par exemple d’une utilisation des chênes de qualité secondaire, abondants en Bourgogne, pour fabriquer des murs massifs à l’usage de la construction bois.

Pascal Charoy



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