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Portrait
Edition du 06/09/2010 au 12/09/2010

Engagé de l'Urgence

Le directeur du SAMU 31 vient d’ĂȘtre nommĂ© prĂ©sident du CollĂšge français de mĂ©decine d'urgence. Mission : mettre en adĂ©quation les prĂ©conisations scientifiques avec la rĂ©alitĂ© du terrain, et penser l'avenir.

Pavillon Louis Lareng, hôpital Purpan, 16h30. Siège du pôle de médecine d’urgence du CHU et du Service d’aide et de médecine d’urgence départemental. Le directeur du SAMU et chef du pôle, Jean- Louis Ducassé, imposant et affable, embauche pour sa garde dans une heure et demie. Le temps est compté. «L’urgence, c’est tout, n’importe où, n’importe quand. Allez ensuite essayer d’injecter de la performance et une maîtrise des dépenses. Nous restons des pionniers, même si le SAMU d’il y a quarante n’a plus rien à voir avec celui d’aujourd’hui. Je suis très fier d’être ici, dans le plus vieux service de France, à la suite de mon maître Louis Lareng, qui a réussi à porter l’hôpital hors ses murs, avec d’autres. » L’intéressé, médecin anesthésiste de spécialité, urgentiste depuis 15 ans, n’est pas peu fier de recevoir dans le bâtiment flambant neuf livré fin 2008, qu’il a piloté et qui porte le nom de Louis Lareng, comme il le souhaitait. « Un changement au CHU, qui jusqu’ici ne donnait aux nouveaux bâtiments que des noms de personnes défuntes. »

FAIRE ÉVOLUER LES PRATIQUES, TOUJOURS VISER L’EXCELLENCE

Un hommage appuyé donc à son prédécesseur illustre, moyen peut-être aussi de rester à sa place dans l’histoire de la médecine d’urgence. Il n’empêche que le responsable est l’un des pontes du domaine, et vient d’être élu président du collège français de médecine d’urgence. Quesako? Une nouvelle instance lancée il y a trois ans, chargée de mettre en adéquation les multiples informations et recommandations scientifiques avec les réalités de terrain vécues par les urgentistes, et leur pratique. Dans les faits, l’instance se place à l’interface de la société française de médecine d’urgence (Jean- Louis Ducassé l’a quitté en 2009, il y était chargé de l’évaluation et de la qualité) et les syndicats professionnels, l’AMUF du médiatique Patrick Peloux et l’association SAMU et urgences de France, entre autre. Sa mission: dynamiser le collège, en proposant des actions de formation ciblées, post-universitaires. Mais aussi, le cas échéant, rappeler les procédures à ses collègues. Secouer aussi, donc, un peu le cocotier. Et il faudra encore aller chercher les fonds pour financer tout cela, auprès de la Haute autorité de santé! Une nouvelle tâche que Jean-Louis Ducassé compte assumer sans prétention, même si beaucoup comptent sur lui pour faire avancer les choses. De fait, sa carrière est pavée de fonctions de représentation, à l’interface entre praticiens et instances de direction, entre autre au CHU de Toulouse (au sein de la commission médicale d’établissement, mais aussi au conseil d’administration). Parallèlement, il a fait de son terrain quotidien, le Pôle urgence du CHU et le SAMU qu’il dirige, un laboratoire grandeur nature où, avec ses adjoints – «la médecine d’urgence, s’est avant tout un travail d’équipe » -, sa réflexion sur l’avenir du domaine se déploie.

LABORATOIRE LOCAL ET RÉGIONAL DE LA MÉDECINE D’URGENCE DU FUTUR

«Nous disposons ici du centre de réception et de régulation le plus performant qui soit, avec un couplage téléphonie et radiocommunications informatiques pour la régulation, et l’informatique embarquée dans les véhicules du SMUR », indique-t-il. Il ne dira que dans un second temps qu’il en est l’artisan.


1951 Naissance à Toulouse
1974 Externe des Hôpitaux
Depuis 1980 Médecin attaché au département anesthésie-réanimation, CHU de Toulouse
1991-2002 Représentant élu des praticiens hospitaliers en anesthesieréanimation, à la commission médicale d’établissement (CME) du CHU; vice-président élu de la CME entre 1995 et 1999
1996-2000 Chef de services des urgences, CHU de Toulouse (Rangueil)
1997 Fondateur du Collège Midi-Pyrénées de médecine d’urgence Depuis
2001 Directeur de l’observatoire régional des urgences Midi- Pyrénées
Depuis 2004 Chef de service du SAMU 31 au CHU de Toulouse
Depuis 2007 Chef du pôle de Médecine d’urgence au CHU de Toulouse
Depuis 2010 Président du Collège français de médecine d’urgence
De même, il travaille, au sein de l’observatoire régional des urgences Midi-Pyrénées (Orumip) – « cela accapare 30% de mon temps » – au déploiement de SHREC, le service hospitalier régional d’échange et de communication, qui sera effectif dans quelques semaines. Le système doit permettre de relier les antennes départementales des SAMU entre elles, afin d’optimiser leur fonctionnement. «Un jour, Louis Lareng m’a demandé de quel moyen moderne je rêvais pour améliorer la prise en charge. J’ai répondu: des caméras dans toutes les ambulances ! » Améliorer encore et toujours le diagnostic, dans un métier où le temps, la polyvalence mais aussi la gestion des demandeurs et patients s’entrechoquent. «Bien souvent, l’urgence sidère et altère le raisonnement, il faut encore et toujours essayer d’améliorer, en utilisant entre autre les outils modernes. » Il se félicite ainsi d’avoir accès aux ressources du CHU (le SAMU est un service hospitalier qui compte 150 personnes en Haute- Garonne), travaillant aussi en propre sur deux ou trois projets du centre e-santé mis sur pied en région. Jean-Louis Ducassé reconnaît ne jamais avoir eu « de période creuse dans sa carrière », bien souvent tournée vers le défi, comme lorsqu’on l’a appelé pour s’occuper des urgences, secteur qu’il n’a jamais quitté depuis. Il cédera en juin2011, après quatre ans de mandat, sa fonction de chef du pôle urgences du CHU, une activité de pure gestion. Après avoir longtemps milité pour la reconnaissance de la médecine d’urgence comme spécialité, «reconnue par l’hôpital, mais toujours pas par le Conseil de l’ordre ni le Conseil national des universités », Jean-Louis Ducassé est apaisé. Le diplôme d’étude complémentaire en médecine d’urgence est sur pied, et les prochains mois devraient voir la naissance du diplôme d’étude spécialisée, en trois ans, comme toute spécialité. Restera alors à structurer le tout, avec internes, chefs de cliniques et professeurs de médecine d’urgence. Si cela se réalise, il en profitera peut-être pour réaliser son fantasme, très personnel cette fois: assister à la coupe du monde de rugby en Nouvelle- Zélande fin 2011, après être allé plonger en Nouvelle-Calédonie. Sauf urgence, bien sûr!

Aurélien Tardiveau



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