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Portrait
Edition du 08/03/2010 au 14/03/2010

Le philosophe entreprenant

Sophrologue, conférencier, chercheur en sciences humaines, ce chef d'entreprise atypique dirige par ailleurs une enseigne de la grande distribution spécialisée en mécanique automobile.

Il cite Émile Zola, Jean-Jacques Rousseau ou encore Bakounine comme d’autres parleraient de seuil de rentabilité et de volume d’affaires. Il évoque, tous azimuts, les enjeux de la démocratie directe, le système éducatif et, plus largement, la place de l’être humain dans la société, un thème dont il a fait d’ailleurs le fil conducteur de son prochain cycle de conférences. Assurément, Jean-Christian Wilmes est un chef d’entreprise atypique, surprenant parfois – iconoclaste diront certains –, « mais avant tout un homme libre », se défendant d’appartenir à une école ou un réseau d’influence. « Je suis un philosophe libertaire dans le sens où je pense que la responsabilité doit être transférée sur chacun d’entre nous pour que nous devenions des citoyens à haut degré de conscience », ajoutet- il. Ce libre penseur dirige depuis décembre 2008 l’enseigne Roady, installée dans la zone commerciale de la Petite Île à Joigny. Site du groupement des Mousquetaires, le centre spécialisé dans l’équipement, l’entretien et la réparation automobiles – pour lequel il a investi 500.000 euros – emploie 11 personnes. Un changement de cap en forme de grand écart pour celui qui était jusque-là plus habitué à manager des « Codir » (comités de direction) qu’un atelier de mécanique… Une enfance à Saint-Germain-des- Prés où sa grand-mère paternelle dirige La Belle Époque, un grand restaurant classé dans les années 1960 par André Malraux. Des grands parents maternels, inventeurs du caramel au beurre salé et de la « niniche de Quiberon ». Un père licencié en lettres classiques. « Je suis né d’un mélange hybride entre la grande bourgeoisie parisienne et le milieu artisan qui a réussi », résume-t-il, en souriant. À17ans pourtant, les aléas de l’existence l’obligent à exercer plusieurs petits boulots pour subvenir à ses besoins. Mais bien décidé à ne pas accepter sa condition, il reprend ses études et intègre une école de commerce, l’Ifocop à Paris. « La faculté m’apparaissait trop ethnocentrique alors que l’école de commerce m’offrait une certaine autonomie financière au détriment d’une intellectualité dont j’avais besoin. » Une fois diplômé, Jean-Christian Wilmes enchaîne « très classiquement » les responsabilités com- merciales dans différents points de vente pour des groupes tels que Tapis Saint- Maclou ou encore Caplain Saint- André, le deuxième fondeur et affineur d’or en France. « Déjà à cette époque,je me sentais plus attaché à la dimension humaine du poste qu’à la fonction commerciale », souligne-t-il. Une dimension humaine qu’il abordera plus encore en devenant responsable commercial du Cilrif (Comité interprofessionnel du logement de la région Île-de-France) pour lequel il est chargé de collecter le « 1 % logement » auprès des chefs d’entreprise. « Dans cette fonction commerciale à finalité humaniste,je me sentais utile, explique le futur chef d’entreprise. Auparavant, je me considérais seulement comme un rouage, mais ce n’était pas suffisant pour servir les autres. »Parallèlement, le jeune homme fait montred’une activité débordante et multiplie les responsabilités associatives au sein d’un club d’aéromodélisme et de motonautisme. Il crée à Mennecy (Essonne) une association de locataires qui regroupera 240 logements. Dans le même temps, il anime sur Radio Val d’Essonne une émission hebdomadaire intitulée « Réussir », dans laquelle il reçoit les chefs d’entreprise pour évoquer leur parcours, parfois de façon décalée, n’hésitant pas à mêler l’astrologie à leur univers professionnel. « J’avais un emploi du temps chargé certes, mais je suis un stoïcien qui sait prendre du temps pour soi, souligne Jean- Christian Wilmes. Tout m’intéresse,j’ai un champ de conscience très large avec une pensée systémique qui me permet de relier les choses entre elles ». Dans sa quête de comprendre comment fonctionne l’être humain, Jean- Christian Wilmes entreprend un cursus de sophrologie et de relaxologie à l’Institut supérieur de psychologie (ISP) de Paris. Discipline « reconnue partout dans le monde sauf en France », créée par un


1959 Naissance, le 8 juillet, à Paris.
1984 Diplômé de l’Ifocop.
1988 Anime sur une radio parisienne - dont il prendra la présidence – une émission consacrée aux chefs d’entreprise.
1989 Crée le cabinet de consultant Réseau développement européen (RDE).
1992 Diplômé de l’Institut supérieur de psychologie (ISP) de Paris.
1995 Crée la Valoriance, un groupe de recherche en sciences humaines sur le système éducatif. 2008 S’installe à Joigny où il devient le P-DG du Roady, enseigne des Mousquetaires.
2010 Anime un cycle de conférences intitulé « Être humain, êtres humains, quelques grammes de finesse dans un monde en mutation ».
médecin neuropsychiatre colombien, la sophrologie vise au développement harmonieux de l’individu, « de façon imagée, c’est un peu la rencontre d’un professeur de yoga et d’un psychologue », résume-t-il. En 1989, à 29 ans, Jean- Christian Wilmes crée une société, RDE (pour Réseau développement européen). Au sein de ce cabinet de consulting en management, il développe un concept novateur, pour ne pas dire à contre-courant : la gestion de soi. « Alors qu’à cette époque, en gestion des ressources humaines,le credo était “performance et optimisation”du personnel, je conseillais aux chefs d’entreprise et aux cadres supérieurs de préserver le capital humain en maitrisant la pression, facteur de stress », explique le sophrologue. Ses clients : aussi bien des PME que des multinationales en France et en Belgique. Une activité qu’il poursuivra jusqu’en 2005. « Aujourd’hui, avec ce qui se passe dans les entreprises, il est fort probable que je serais débordé ! ». Avant de poursuivre : « Le capital boursier est une fumisterie meurtrière, l’histoire nous en a apporté la preuve. Le capital humain est la seule vraie valeur de vie, assène Jean-Christian Wilmes. Émile Zola le disait déjà dans L’Argent (1891) : la bourse tuera l’homme ! » Dès 1995, le dirigeant crée en parallèle un groupe de recherche en sciences humaines, réfléchissant à un nouveau concept d’éducation et de formation – la Valoriance – basé sur la philosophie, l’apprentissage de l’équilibre du corps et de l’esprit (sophrologie, yoga…) – « un concept d'éducation et de formation fondé sur la connaissance et la gestion de soi dans l'objectif d'aboutir a une société plus humaine et plus juste ». Un livre devrait sortir sur ce sujet prochainement, « si je trouve le temps de le terminer », sourit Jean-Christian Wilmes.

À TRAVERS LES NUAGES

Car depuis, il dirige l’établissement de Joigny.Une ville dont il a découvert la beauté en venant du ciel. Pilote d’avion( et d’ULM) – il a notamment retapé pendant trois ans un Wassmer 54 avec son frère –, Jean-Christian Wilmes se pose par hasard en 2005 sur l’aérodrome de Joigny, au milieu des vignes, et tombe sous le charme de la cité maillotine. Il se promet alors d’investir dans la petite ville icaunaise dès que l’occasion se présentera. Ce sera un garage automobile Roady… Un choix qui peut paraître surprenant au regard de son cheminement. Pourtant… « Le groupement des Mousquetaires est le seul groupe de la grande distribution dont les fondamentaux sont assis sur la citation de Jean Bodin : “Il n’est de richesses que d’hommes”. » Tout est dit.

Stéphane Bourdier



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