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Portrait

Guillaume Serraille, le verre dans tous ses états

Guillaume Serraille a été séduit par le verre en tant que matériau le jour même des résultats du bac. Un tournant décisif.

L’image d’artiste qu’il s’est donné dès son installation il y a sept ans lui colle à la peau. Pourtant il le dit et le répète, son métier est fait pour beaucoup des tâches d’un vitrier basique. « Je répare, je change des vitres, je propose des pare-douche, des parements tout ce qu’il y a de classique…alors que les gens me voient exclusivement comme un artiste ». Et selon lui, un artiste, ce n’est pas sérieux dans l’imaginaire des gens, c’est dilettant, ça n’a pas de prix bien définis, ça ne respecte pas les délais, ça travaille quand ça lui chante… ! D’ailleurs pour lui en ce moment, le téléphone n’arrête pas de sonner. Le vent fort et glacial d’hiver claque portes et fenêtres et fait voler les vitres. Or, ce type de réparation n’attend pas. Les travaux du bâtiment ne sont cependant nullement incompatibles avec le métier de verrier au sens artistique du terme. « L’imagination et la création ne suffisent pas, assure Guillaume Serraille. « Le verre est un matériau très exigeant qui implique de nombreuses contraintes techniques. Le savoir s’acquiert avec le temps, en faisant ses propres expériences. C’est un peu comme la cuisine. Histoires de température. On affine en fonction des résultats obtenus, on note, on ajuste, on photographie avant, après… mais il y a toujours une part d’aléatoire dans la cuisson d’une pièce, comme la température extérieure par exemple qui influe sur la « décuisson ». Bref, de la minutie et de la rigueur. Après avoir démarré sa carrière en solo, peu après la fin de son apprentissage chez le maître-verrier roannais Jean-François Fraisse, il se lance tête baissée dans la conception et la fabrication d’assiettes et autres récipients des arts de la table en multipliant les salons. Il expose ses pièces aux Etats-Unis, au Japon… jusqu’à ce que le marché s’effondre brutalement, fortement concurrencé par les importations à bas prix. « Les restaurateurs prennent moins de risques quand ils cassent une assiette de série ! ». Retour au métier de base. « Aujourd’hui, cette image d’artiste ne corrrespond plus vraiment à la réalité et à l’essentiel de mon activité. J’ai d’ailleurs du mal à trouver la frontière entre ces deux mondes ». Malgré tout, ces deux univers ne sont pas si éloignés l’un de l’autre puisque les chantiers qu’il réalise pour le compte d’architectes le ramènent à la décoration. Il fabrique alors vasques de salles de bains, mobilier en verre en tous genres sur mesure « toujours avec beaucoup de contraintes techniques, tient-il à souligner, qu’il s’agisse de cotes précises, de la composition du matériau même qui doit à la fois donner le rendu esthétique attendu tout en restant sûr et solide à l’usage. L’artisan-verrier roannais collabore notamment régulièrement avec un confrère artisan-verrier du sud de la France. « Il conserve la partie basique du métier et me confie la partie artistique. On parle le même langage. Ca facilite les choses sur le plan technique ». Parallèlement, il intervient dans l’agencement de magasins, réalisant vitrines, banques… Le bouche à oreille fonctionne. Au final, une vie bien remplie. Guillaume Serraille est pourtant arrivé là presque par hasard. « Le jour des résultats du bac, je ne savais pas encore ce que j’allais faire, se souvient aujourd’hui ce jeune fils


Date : 1998, ma rencontre avec le verre, même s’il y en a beaucoup d’autres.
Lieu : j’adore la géographie des lieux et les visiter à ma façon.
Personnage : Emile Gallé, à la fois botaniste, entrepreneur et historien de l’art, un personnage transversal.
Phrase : Picasso disait « quand je n’ai pas de bleu, je mets du rouge… », ce qui casse le mythe de l’art et montre qu’il est aussi ramené à la réalité des choses.
Ambition : continuer à travailler ici tout en m’étendant à l’étranger pour développer des travaux originaux et encore plus exigeants.
de médecin roannais. Il envisage bien un cursus universitaire comme beaucoup de ses amis, voire un BTS d’économie- gestion, mais il s’interroge sur la finalité de ces études. « Il n’y avait pas d’échappatoire après ! La question à se poser était : qu’est ce que je veux faire de ma vie ?!». J’ai opté pour un métier manuel, qui me permettait de côtoyer un autre monde. Il s’inscrit en Histoire de l’Art à Lyon tout en démarrant un apprentissage. « J’avais au départ plutôt visé le métier d’ébéniste. J’ai dû envoyer des courriers à tous les artisans ébénistes d’ici et de Lyon ». Aucun résultat. Il apprend que Jean-François Fraisse cherche un apprenti. Son premier contact avec le verre en tant que matériau le séduit, l’odeur du lin aussi. Son maitre d’apprentissage lui donne deux jours pour fêter la réussite de son bac éco avant de démarrer. Doctorant aujourd’hui, il s’apprête à présenter sa thèse. Thème : « Le verre italien contemporain ». « J’avais quand même envie de tâter du monde estudiantin à la fois désolant et exaltant. L’histoire de l’art seule ne mène à rien. Mais j’ai des souvenirs très forts comme ce professeur d’art grec qui nous relatait l’histoire d’Hélène transcrite sur les pièces d’art en nous lisant l’Iliade… dans le texte. Lorsqu’il nous a annoncé qu’il en avait fini avec nous, tout l’amphi s’est levé spontanément et l’a applaudi ». Le CFA et le LEP le marquent aussi. « J’ai rencontré en apprentissage des jeunes qui savaient à peine lire, mais, s’ils ne récitaient pas Corneille, ils avaient une vraie intelligence pratique. Ils savaient parfaitement et instinctivement où poser une échelle grâce à leur bon sens ». D’ailleurs avec le recul, Guillaume Serraille s’aperçoit que la facette « basique » du métier et la facette artistique se nourrissent l’une et l’autre, notamment au plan des évolutions techniques. Et quand il ne travaille pas, il garde un peu de temps pour voyager. « Je n’ai pas le temps d’aller très loin. Ce que j’aime, c’est la découverte en dehors des sentiers battus. J’aime aussi regarder les touristes et la façon dont ils regardent eux-mêmes. Il y a un vrai pouvoir de la prescription… ».

Aline Vincent.



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