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«J’ai réalisé le rêve qui m’animait au moment de vendre l’entreprise: la pérenniser en maintenant les emplois à Mazères, mais aussi en ayant la garantie qu’elle sera développée. » C’est un André Trigano enjoué qui évoque la CIAT, leader français de l’hotellerie de plein air. La CCAS (branche du comité d’entreprise d’EDF et GDF-Suez), a acheté fin décembre les parts du financier désireux de sortir (Acto capital, filiale de Groupama), autour de 55 M€. Celle-ci poursuivra l’activité de fabrication d’équipement de camping à Mazères (130 personnes) et aussi celle de la centrale de réservation. Mieux : une fois la société sortie de la bourse, l’actionnaire majoritaire (70 % des parts) s’est engagé à opérer une augmentation de capital, de l’ordre de 20M€. Histoire de continuer à développer la société. À une seule condition: qu’André Trigano reste comme président du conseil de surveillance, mais aussi comme actionnaire! « J’ai bien sûr dit oui, en leur re-précisant bien mon âge, 84 ans » plaisante l’intéressé. Pour tout dire, André Trigano n’avait pas envie de partir. Il aurait pû le faire, avec un gros chèque. Il aurait pû aussi ne pas se soucier de la suite. «Mais je n’ai pas envie de passer pour un salaud de patron qui laisse les gens sur le bord de la route. » Face à tous les concurrents à l’achat (17 malgré la crise!), et une société valorisée à 100 M€, celuici a vu l’arrivée de la CCAS comme un salut. « Aucun autre n’a offert autant de garanties, et en plus on se connait depuis 40 ans. » Lui qui voulait « réussir sa sortie » reste donc, avec le tour de force de jumeler vacances sociales avec vacances familiales. À la clé, un ensemble qui représente 120000 lits et 14000 emplacements de camping. Mais c’est aussi un quasi retour aux sources que l’intéressé, friant d’anecdotes et habile conteur, se plaît à rappeler. « Une femme est venue nous voir dans l’atelier familial de bâches, pour nous demander de lui confectionner une tente. Quelques semaines plus tard, ses collègues en demandaient cinquante. La Triganette était lancée! » Nous sommes en 1936, époque du Front Populaire et des premiers congés payés. La guerre arrive. La famille, juive, fuit au sud et attérit à Mazères, dans l’Ariège. Ils y sont protégés. Au sortir de la guerre, retour à Paris. La famille, spoliée, n’a plus rien. André, lui, se marie à une Mazérienne.
Le père réunit les frères, avec une question simple: « que fait-on? » L’immobilier? On ne s’y connaît pas... L’alimentation? Pourquoi pas, les gens auront toujours besoin de manger... Gilbert, l’un des frères, propose alors « le tourisme, avec la fabrication de tente ». Banco. Le choix est osé, alors que personne n’a plus rien. André Trigano avance alors l’idée géniale de la location de tente sans caution. «Quand on n’a pas d’argent, il reste toujours les idées et l’imagination» confie l’intéressé, à l’origine d’une autre célèbre formule, « le camping c’est Trigano». L’entreprise prospère assez vite. André et son père la font tourner, le frère Gilbert s’associe et lance le Club Med. «On leur louait des tentes sans caution, sur leurs premiers villages» se souvient André Trigano, par ailleurs administrateur du Club. L’entreprise familiale choisit de se diversifier, et rachète Caravelair (caravane) en 1969. Choc pétrolier, crise, mort du père. Période difficile. Il faut refinancer la société. Les banquiers, au capital, suivent. André Trigano aussi, en vendant ses parts du Club Med. À la deuxième augmentation de capital, il se retire. L’entreprise sera sauvée, au point d’être aujourd’hui une grande entreprise (Groupe Trigano, sans aucun rapport avec la famille). La famille connaîtra quelques années plus tard une mésaventure similaire, au Club Med... «Les financiers n’ont pas la même logique et s’immiscent dans la gestion sans prendre en compte tous les tenants de la stratégie »
«C’est ma 40eannée de mandat en tant que maire, et c’est toujours aussi intéressant! » embraye aussitôt l’homme, au discours rond et empathique. Peut-être l’un des gages de sa réussite, pour celui qui cultive une certaine fierté de « n’avoir jamais eu de carte de parti, ne jamais avoir été investi, sauf de son propre gré. On m’a classé divers gauche, puis divers droite, mais ce qui compte, c’est que ça avance. » La gestion d’une ville, il l’a conçoit d’abord d’un point de vue économique. Entré en politique en 1971 à Mazères, avec un programme simple « la création de 100 emplois », il a depuis renouvelé toujours la même antienne. Y compris à Pamiers, une terre socialiste réputée imprenable. «Un beau challenge, j’y suis allé! » Cela fait 15 ans, avec depuis une croissance d’activité et de population régulières. Dans ses autres mandats, conseiller général, député, conseiller régional, il s’est bien entendu occupé de tourisme, sans jamais se départir de l’une de ses préocuppations: l’aspect social. Il cite ainsi volontiers la gratuité de la piscine à Pamiers, et plus encore le programme « 1erdépart en vacances » qu’il a contribué à lancer à l’échelle régionale (avec les CAF et la SNCF), en 1996. «2000 jeunes par an partent et peuvent raconter leurs exploits à leurs copains, à la rentrée. Ça n’a pas de prix.» Lui ne part jamais, en vacances! « Je m’ennuie vite! » Ah, au fait, la semaine type d’André Trigano, c’est 12heures de travail quotidien, trois jours à Paris, trois jours à Pamiers, quatre heures de sommeil chaque nuit. « Ça aide à rester jeune d’avoir toujours plein de projets », précise celui qui, de son bureau, peut observer les jeunes du lycée attenant à l’hôtel de ville évoluer. Une source d’inspiration et une motivation, probablement.
Aurélien Tardiveau


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